jeudi 26 avril 2018

Critique : Barbie Princesse de l'île merveilleuse


Je commence véritablement ma chronique des films de Barbie, du pire au meilleur.  En commençant par celui que je n'ai pas pu finir,  Lilipucia.



 Est -ce bien un film de Barbie d' ailleurs  ? En fait,  Lilipucia est une petite fée blonde,  comme Barbie,  mais la ressemblance s' arrête là. Elle est capturée par une fillette dont les parents sont les industriels qui s' apprêtent à détruire le square où vit Lilipucia et ses copines. ..Il y a une morale écologique évidente,  ça part d' une bonne intention,  mais c'est une morale à subtilité d' enclume. De plus le film avait lieu à l'époque moderne,  alors que ce n' était pas encore la norme(en 2009).  Ça n' a pas été si dur de s' y habituer après La magie de la mode, l' année suivante   ( du moins pour moi) mais à l'époque,  ça m'a sortie de Lilipucia et je ne l'ai pas vu en entier. Si Mattel souhaitait   lancer une nouvelle franchise,  disons que ça n' a pas marché.

Poursuivons avec Barbie princesse de l île merveilleuse  ( 2007), vu en entier mais le moins enthousiasmant pour moi.



Sur une île déserte , un paon et un panda rouge, Azul et Sagi,  découvrent une enfant de sept ans échouée sur la plage,  avec sa malle de bagages. La malle s' orne d' un blason et d' une étiquette déchirée, on ne peut lire que la première syllabe, "Ro" . Les animaux surnomment ainsi la fillette (oui, je sais,  c'est  laid), car elle est amnésique et ne sait plus son vrai nom.



10 ans plus tard,  Ro a grandi entourée de Sagi,  Azul et Tika,  une petite éléphante née entre temps.



Et elle peut leur parler.  Ce n'est peut être pas si étonnant,  Tarzan aussi parle singe à leur contact. Mais Ro,  elle,  parle  à toutes les bêtes, y compris,  plus tard dans le film,  à un cheval alors qu'elle n' en avait jamais croisé sur son île.


 Langage universel animal? Peut-être , dans les films  Barbie, les  bêtes se parlent les unes aux autres par delà les différences d'espèces. Déjà bizarre, mais en plus de là à imaginer qu'une humaine puisse apprendre et surtout articuler ce langage... Autre problème pour la suspension d' incrédulité,  Ro qui est parfaitement coiffée  et maquillée,  en dépit du fait qu'elle vit sur une île déserte.



Jusqu'au jour où le prince Antonio,  grand explorateur devant l' Éternel,  aborde son île avec son équipage . Surprise, Ro n' a aucun problème à leur parler! Elle savait le langage humain avant son naufrage, mais avec tout ce temps à ne plus le parler, elle aurait dû avoir ne serait-ce que des difficultés à l'articuler à nouveau, comme Dressée avec le poing dans Danse avec les loups.



L' équipage  propose de ramener la demoiselle à la civilisation avec ses trois amis animaux . Elle accepte, et bien sûr Antonio et elle tombent amoureux en route.


  Il y a juste un problème : arrivés dans le royaume du prince,  Apollonia, celui-ci est censé épouser sous peu une princesse qu' il ne connaît pas,  Luciana.  Et le fait qu'on ne sache pas d' où sort l' amnésique Ro ne plaide pas en sa faveur pour être une prétendante crédible.





Ce film de Barbie reste sympa pour le public de petites filles visé.  Mais il présente quelques défauts majeurs,  les plus gros d' un film de la franchise selon moi.

Premièrement,  c'est une robinsonnade comme Seul au monde.



 Entendez-par là,  une histoire de naufragé solitaire sur une île déserte,  puis le retour à la civilisation. Avec tous les passages obligés: travailler dur pour se construire un abri ou filtrer l' eau, déprimer  à cause de la solitude,  être de plus en plus négligé vestimentairement et du point de vue cosmétique.




..et si le naufragé retrouve la civilisation avant que sa solitude complète ne le rende fou, il aura le plus grand mal à se réadapter à la vie en société,  comme on dit.



Et là. .. et bien, Ro est, je l' ai dit, vêtue d' un simple pagne, mais bien coiffée et maquillée.  Elle ne souffre pas de solitude rapport à l' absence d' un autre être humain, ni de perte de raison qui y serait liée .  En fait, au début du film, elle chante à quel point elle aime son ile et que la vie y est belle...



Non, vivre là,  pas de problème,  comme elle le dit plus tard au royaume d' Antonio alors qu' on s' inquiète légitimement de son isolement passé.

Ro a été naufragée à 7 ans. C est aussi le cas des héros du Lagon bleu et ils en sont très naïfs.



 Pas elle, en dépit du fait qu' elle aurait dû oublier comment lire et écrire faute de pratique. Elle sait même énormément de choses comme le langage des animaux et la science des plantes, y compris curatives. Sa puberté ne l' a apparemment nullement affolée . Et surtout: elle a d' exquises manières.



La fiction regorge d' enfants dits sauvages,  comme Mowgli ou Tarzan.  Mais aussi quelques uns bien réels comme Victor de l' Aveyron , ou Amala et Kamala .




Ils n' ont jamais su parler,  ont dû subir un long apprentissage de port de vêtements,  de la propreté,  de la station debout et de la  marche . Ro, me dira- t- on, a été naufragée enfant, et non bébé?  Oui, mais néanmoins,  quand on vit seul on a tendance ne serait ce qu' à s' avachir à table. Ro n' a aucun problème pour porter des robes à crinolines et à corset pour la première fois, n' est pas déconcertée par les mets qu' on lui sert, se tient droite sur sa chaise et sait d' instinct qu' elle doit commencer par les couverts de l' extérieur.


Les reproches d' Ariana, la mère de Luciana, sur la "sauvage" , n' ont guère de sens.



Deuxième souci, les chansons.  Certains ont une véritable allergie envers les chansons dans les films d' animation, en particulier de Disney, disant détester quand "ça chante" .


Parce qu' on les entendrait trop, reprises un peu partout, mais aussi parce que l' action en  serait ralentie. Même Disney a conscience de cette phobie,  et c' est pourquoi dans Vaiana le personnage de Maui lance: "Si tu chantes, je te tape!" . Alors qu' il ne s' est pas gêné pour le faire une demi- heure plus tôt et Vaiana aussi.



Chez Disney, moi, ça ne me gêne pas quand ce n' est pas musical  (Les nouveaux héros,  Zootopie, Atlantide l' empire perdu, Le chaudron magique) car en effet le genre peut s' en passer aussi bien que le live action.



Mais quand les personnages chantent, (on dit les personnages,  pas "ça " ) non plus. Au cinéma néanmoins : devant les séries d' animation Disney j' ai pu ressentir ce fameux effet de longueur car les chansons sont moins travaillées.

                                            (Ils viennent pourtant de dire qu'ils sont pressés)

 Mais elles sont généralement bien, même a la télé.



Dans les long métrages, les chansons arrivent à propos,  font avancer l' intrigue, sont belles, et il n' y en  a guère plus de cinq, un chiffre raisonnable.  Faites le compte : la  chanson d' intro, celle du héros, celle du comique de service, la  chanson romantique et la chanson du méchant.  Oui, en général dans cet ordre.

Princesse de l' ile merveilleuse est un long métrage même s' il a été diffusé à la télévision. Mais hélas question musique il n a pas retenu les leçons de Disney,  même si d' habitude les chansons de Barbie sont sympas,  et un point fort...sauf ici. A l' inverse des chansons Disney qu' on a envie de reprendre en chœur, elles sont banales,  musicalement parlant,  et les paroles peu recherchées. Ces numéros musicaux tombent comme des cheveux sur la soupe et ne font pas avancer l' intrigue.


Sauf la chanson de la méchante, la reine Ariana, qui révèle  son passé,ses motivations, et  son plan diabolique; elle n' en reparle jamais ni après ni avant. Pour comprendre, il faut donc écouter très attentivement.

Ou sinon,  on peut rater le fait qu' Ariana est fille de nobles d' Apollonia, qu' ils ont comploté contre les  souverains, que cela a valu l' exil à toute cette famille.  Plus tard seule survivante, Ariana a appris l' art des poisons, et a réussi à épouser rien moins qu' un roi, qu' elle tue après avoir conçu Luciana. De retour à Apollonia, personne n' a reconnu Ariana.
Et elle compte bien venger les siens en finissant le travail et en empoisonnant la famille royale d'Apollonia; une fois  Luciana devenue leur héritière par le mariage.



Autant dire des infos capitales...le problème c' est qu' on a pas envie d' écouter.  Le débit est saccadé, proche du discours mis  en musique de façon forcée.  Petite leçon de Disney : la chanson du méchant peut expliquer son plan mais pas ses motivations originelles et si c'est le cas, la chanson doit rester agréable à écouter.



                                                                 (HELL YEAH!!!!)

Un discours classique eut été plus approprié , pas forcément toute seule, mais en parlant à ses rats...Oui,  Ariana a des rats acolytes.

Le pire, c'est qu' il y a huit chansons,  soit beaucoup trop.



Une fois n'est pas coutume,  les auteurs de Barbie se seront pris les pieds dans le même tapis que les concurrents de Disney de bas étage : des chansons tout le temps,  et pas forcément très mémorables. La valeur ajoutée des comédies musicales est de donner envie de les chanter à tue-tête mais ici, ce n'est pas le cas.



En fait, on est proche du discours forcé en général.  Donc quand la dernière chanson s' est faite entendre près de la fin, j' ai appuyé sur avance rapide en effet.






Les acolytes animaux trop choupis,  on n' en manque donc pas ici. Mais ils ne sont pas une valeur ajoutée,  surtout Tika. L' éléphante est peut être mignonne,  mais rudement égoïste.  Elle craint, à tort, que Ro ne s occupe plus d' elle si elle a un amoureux. ..et détruit volontairement une lettre d' Antonio à un moment critique.  Les bestioles dans Barbie ne sont  pas toujours très utiles bien sûr, mais au moins elles ne mettent pas le souk dans les relations des héroïnes.  Tika et sa jalousie mal placée ne sert non seulement pas à grand chose,  mais c'est le seul acolyte animalier qui en plus mettra des bâtons dans les roues.

.



Dernière faiblesse,  la morale de l'histoire.  Antonio rend assez clair le fait qu'il place le mérite personnel au dessus la naissance.  Si Ro lui plaît alors il la juge convenable en dépit d'origines inconnues et donc sûrement modestes.  Il préfère la fille venue d'on ne sait d' où à la princesse.



Et comme ses parents ne le comprennent pas,  Antonio est ensuite prêt à renoncer à tous ses devoirs.  Il ira jusqu'à affirmer qu'il veut fuir avec Ro et renoncer au trône, le laissant à ses petites sœurs  (donc Apollonia n'a pas de loi salique,  tant mieux ).

Le mérite personnel,  s'accrocher à ce qu'on veut vraiment,  c'est bien n'est ce pas ?  Oui, sauf que les révélations finales balaient tout ceci. Ro commence par remarquer un blason orné d'une rose, semblable à celui qui est sur sa vieille malle. Le blason est celui du royaume de  Paladia, dont la reine,  Marissa, est invitée au mariage.



Jusque là,  le seul souvenir pré- naufrage de Ro était une berceuse,  mais récemment elle a eu un flash: son vrai nom,  c'est Rosella. Entendant ce prénom, Marissa révèle qu'elle a une fille disparue qui s'appelle comme cela. Toutes deux connaissent aussi la  berceuse,  donc Rosella est bien la fameuse fille perdue.



Il n'y a pas de mal à ce que Rosella soit la princesse de Paladia après tout.  Je veux dire,  c'est la bonne surprise supplémentaire après avoir retrouvé sa mère.  Mais, la morale en paraît toute différente. Les parents d'Antonio acceptent Rosella pour belle-fille dans la foulée , mais pour quelle raison le font- ils vraiment ?  Parce qu'elle les a impressionnés en fabriquant l' antidote au poison d'Ariana ? Ou parce que finalement elle appartient à la même catégorie sociale qu'eux? On ne peut pas en être sûrs et ça flingue le message.  "La valeur personnelle ?  Bof, ça n'aura jamais tant d'impact que l' accident de la naissance. "


Et puis, malgré que le responsable soit surtout l'âge du film, cette époque est celle du graphisme "raide". Donc ce n'est pas le plus agréable à regarder.

"Barbie plastic, it's fantastic!"


Un bon point du film, néanmoins,  est le personnage de Luciana. Certes elle a le rôle de la rivale, mais n'a rien de la Lana habituelle. En fait, c' est la rivale la plus adorable, sensible et prévenante que vous puissiez imaginer.



La vraie méchante, celle qui exige le mariage arrangé pour servir ses intérêts,  est Ariana . En fille docile et bien élevée, Luciana s'y soumet...Et pourquoi Antonio n'aime -t-il pas une fille si gentille ?




En discutant, ils découvrent vite qu'ils n'ont pas du tout le même style de vie  (elle est loin d'être aussi aventureuse ). Et à ce point de l'histoire le cœur du prince était déjà pris de toute façon.    Luciana le remarque,  et étant romantique,  ne souhaite rien d'autre à ce stade qu ' un homme qui la regarderait comme " Antonio regarde Rosella " .



Elle veut faire un mariage d'amour,  c'est bien légitime,  n' est pas amoureuse d' Antonio,  et est touchée par l' histoire de ce prince avec Rosella.  Luciana deviendra finalement plus une alliée qu'une rivale. C'est rare, même dans les films Barbie , ce qui explique que Luciana soit restée dans les mémoires.

Mais elle est sans doute sympa, parce qu'elle a une poupée...


Malgré ce bon point, ça ne rattrape pas le fait que, si elle est convaincante dans bien des rôles,  Barbie ne va pas du tout avec les robinsonnades. Si bien sûr,  elle reste impeccablement coiffée et maquillée.  Dommage,  ça aurait pu passer dans une histoire d'exploratrice ou de pirate. Je regretterai toujours,  d'ailleurs,  que ce thème voisin n' aie jamais été abordé. ..

D'autant que la poupée existe, là aussi!


mardi 27 mars 2018

Mary sue: Les cas controversés




















                                           (version vidéo)






Les exemples purs et simples de Sue ont été faits, et à ce point des analyses, je suppose que vous voyez à peu près de quoi il peut s'agir.

Voici les statistiques finales (avec le nombre de points au test ) des personnages concernés:



Il y en a bien d'autres, évidemment. Voici ceux que je connais:

Frank Miller!Batman
JoeQuesada!Emma Frost (X-men)
"Emo" Lobo, (ou "Edward" Lobo. Et oui l'original est un Stu parodique, ironiquement.)
Kate et Archer dans Robin Hood (version série de la BBC)
Maléfique version Angelina Jolie
Elphaba (Wicked)
Post resurrection!Norman Osborn (Spider-man)
The Being (I am here...now)
Johnny (The room)
Fly (Funky Cops)
Princesse Sissi (version dessin animé)
Superior! Spider-man
Alpha (dans Spider-man, s'il n'est pas parodique)
Zoey (La Maison de la Nuit )
Arya (Eragon)
Elena Gilbert, Stefan et Damon Salvatore (Vampire Diaries)
Annie Ghazikhanian  (X men)
Amadeus Cho (Hulk, enfin disons qu'il y a une forte présomption, mais je n'ai pas le courage de lire ce truc)



mais je ne les ferais que si on me le demande...J'aurais aimé avoir une page utip, où les dons sont financés par de la publicité, mais pour cela il faut être alpha testeur et je ne sais pas comment on en devient un. Donc, restons classique, j'ai une page tipeee:  https://www.tipeee.com/user/lady-knight



En plus des détails propres aux personnages évoqués dans le test, je pourrais aussi vous citer les réactions typiques du public.




 Les Mary Sue  sont souvent crées par les mêmes réflexes d'auteurs et génèrent les mêmes réactions une fois que les lecteurs et spectateurs les connaissent depuis assez longtemps. Si ces conditions là sont réunies aussi alors on peut être certain que le personnage est une Sue, s'il reste encore un doute.

1) Comme les nanars, on ne peut créer une Sue que sans le faire exprès.




L'auteur qui commet cet impair ne connait pas le principe des Mary Sue, ou mal. Une fois qu'on le sait, qu'on est suffisamment renseigné sur le phénomène, on ne peut plus en créer une qu'en le faisant exprès, une Sue parodique donc.



Si on cherche à le faire exprès, mais sans l'intention de parodier et faire rire (ou faire réfléchir), ça perd en spontanéité. D'où la comparaison avec les nanars: bien des réalisateurs de ces mauvais films étaient persuadés de pondre un chef-d'oeuvre, et seul le grand public voit les défauts.



Un nanar volontaire est forcément parodique...et s'il ne l'est pas, ça perd son charme.

N'est- ce pas, Birdemic 2 ?


2)Les auteurs de Mary Sue les prennent très au sérieux.




Les seules Mary Sue qui prêtent à rire volontairement sont les parodiques...



Les autres peuvent déclencher les fous  rires, mais à leurs dépends. On rit avec une Mary Sue parodique et intentionnelle, on rit d'une Sue au premier degré.


L'auteur d'une telle Sue a une haute opinion du personnage (en particulier si c'est son avatar), et peut même se vexer si on adresse une critique à son propos. Et ce que fait une vraie Sue est censé être sérieux: tout ce qui lui arrive est capital pour la survie de l'humanité...du moins dans l'intention de départ. D'où ce décalage parfois gênant entre les réactions que l'auteur veut générer et celles que le public a vraiment.

Réaction souhaitée: que les lecteurs soient eux aussi boulversés
par la révélation.
Vraie réaction: stupéfaits, ils se demandent si on les prend pour des billes pour leur sortir ça après 51 ans.


















Réaction souhaitée des spectateurs: qu'ils pleurent à chaudes larmes



Vraie réaction: ils font la fête comme en 1999, elle s'en va enfin!













Bref, elle manque totalement d'humour et de recul sur elle-même et son créateur aussi.


3) Une Mary Sue énerve prodigieusement 





Peu de gens, en dehors de son auteur, apprécient une véritable Mary Sue. Après suffisamment de temps pour bien la connaître, quand ses défauts sont manifestes; la plupart des lecteurs ou spectateurs, sauf les fans invétérés des premiers jours, ne peuvent plus l'encadrer. On peut toujours trouver les autres personnages et l'histoire de bonne qualité par ailleurs mais la Sue gâche l'expérience considérablement.



Si elle n'est pas modifiée ou écartée du récit à ce stade, sa présence peut faire plonger les ventes, ou l'audience. Autre détail qui ne trompe pas: quelques années après la fin de l'oeuvre, si on en parle à quelqu'un, celle-ci ou celui-ci risque de s'exclamer: "Ah, que [insérer nom] était pénible! J'ai arrêté de regarder (ou de lire) à cause d'elle." C'est souvent le souvenir le plus cuisant pour le lecteur ou spectateur.



4) Et tout le monde est d'accord là-dessus






S'il vous semble qu'un personnage est une Sue et que vous ne l'aimez pas pour cette raison, alors vérifiez sur un moteur de recherches (en associant son nom à Mary Sue): votre avis est sûrement largement partagé, pour peu bien sûr que l'oeuvre concernée soit assez connue.

5) Une vraie Sue rabaisse les autres




C'est la meilleure en tout? OK. Mais pas que: elle est la seule. Tous les autres semblent incompétents et sans talent y compris quand ils ne devraient pas (plus vieux ou expérimentés qu'elle, par exemple). Ou bien si, ils ont des talents, mais semblent ne pas le réaliser et n'arrêtent pas de dire combien la Sue est douée...même si on n'en voit jamais la preuve. Pas d'émulation, la Mary Sue n'est entourée d'autres personnages que pour en être admirée.

6)En live-action, même le comédien interprète en a vite marre




Les acteurs ont plus ou moins de sympathie pour leurs personnages. Cela dépend de si c'est agréable à faire et les interactions que cela vaut avec le public. Parfois celui-ci distingue mal la fiction de la réalité sur ce point et confond l'acteur avec le personnage. Ceux qui jouent des méchants, par exemple, peuvent avoir la mauvaise surprise d'être embêtés, voire harcelés, quand on les reconnait. Les interprètes de Mary Sue, parce qu'ils n'en sont pas les créateurs, voient ses défauts, comme tous les autres. Voilà pourquoi ils n’aiment guère tenir ce rôle peu gratifiant.



Pire, le problème d' assimilation peut vite valoir des soucis au comédien, hué ou harcelé (IRL comme en ligne) par un public excédé.  Kristin Kreuk, Robert Pattinson, et Will Wheaton, les interprètes de Smallville!Lana Lang, Edward Cullen et  Wesley Crusher , sont tous connus pour ne pas avoir aimé leur personnage, avoir parfois quitté leur série par lassitude, et ils ont pu avoir été détestés du public par assimilation.



 Bien qu'ils partagent ce dégoût, ces acteurs ont souvent vu leur carrière  plombée par ce rôle. Les directeurs de casting ont tendance à l'associer au rôle de Sue, et à songer à juste titre que leur visage va faire fuir le public. Kristin Kreuk a quasi disparu, et n'a eu l'occasion de ne tourner que dans deux séries et deux téléfilms depuis 2008.


Will Wheaton n'est pas vraiment connu pour un autre rôle, et joue volontairement des personnages détestables depuis. Les autres, y compris Kristen Stewart (Bella Swan) et Edward Speleers (Eragon), n'ont pas beaucoup eu l'occasion d'être tête d'affiche depuis.


7) Son temps d'exposition est conséquent.




Mary Sue peut être là depuis toujours ou être une petite nouvelle envahissante, et se permettre parfois d'être un personnage dit secondaire? Certes. Mais ne vous y trompez pas: si surdoué soit-il ou elle, un personnage anecdotique ne pourra pas prétendre au titre. Les Sue nous ont à l'usure, après un certain temps (trois tomes pour Bella Swan, par exemple) et une surexposition conséquente. Qui va de soi pour un protagoniste principal, mais au point qu'il ou elle résout à il/elle seul(e ) toutes les crises, sans aide du supporting cast et donnant parfois l'impression que le/la héro/ine est seul(e) au monde. Quand une Sue est censée être personnage secondaire, alors on l' a dit, l'histoire devient son histoire et elle vole insidieusement la vedette au vrai héros (Elle sait rester à sa place ? Ce n'est sûrement pas une Sue). Personnage secondaire toujours, mais vient de débarquer dans une histoire qui a commencé il y a plus ou moins longtemps? Vous allez en manger: elle intervient dans tous les scénarios, connait déjà tout le monde, et tout le monde ne parle plus que d'elle, elle est sur toutes les couvertures, affiches ou pubs, a son spin-off spécial séance tenante...quitte à disparaître tout aussi brutalement. Seule constante, la période de surexposition de la Sue pourra être considérée à posteriori comme brève, mais aura toujours été intense, question saturation.


Mais tout ça n'est pas si simple. ..Certains personnages ont semblé remplir les conditions, et même parfois eu un score élevé  jusqu'à un petit détail final qui   fait s' écrouler l' édifice. Souvent l'absence des réactions précitées, notamment.



Commençons par les protagonistes  qui ont raté la marche. Ben oui: pour mériter le titre,  il faut un parcours sans faute.  De la part de l' auteur d' origine s' entend.



Nadja de l'animé du même nom (2003) semblait remplir pas mal des conditions.



En 1902 au Royaume-Uni, la jolie Nadja Applefield, treize ans, a grandi dans un orphelinat, mais sa mère serait vivante et lui a laissé de précieux items (une broche, une bague, une robe et un carnet de bal sans oublier cette boîte à musique qu’elle rachète par pur hasard). La bague est marquée du sceau des Preminger, famille ducale d'Autriche (et je rappelle que dans l'échelle nobiliaire les ducs sont juste en dessous des princes). En plus de garantir du sang bleu à sa fille, ladite mère, Colette, a cru Nadja morte jusqu'alors mais se révèle un ange de douceur et de bonté qui aime sa fille inconditionnellement.



En plus de cela Nadja parcourt le monde en tant que danseuse de cirque, mais est systématiquement invitée de façon spontanée à tous les bals de la haute société  qui ont lieu, soit dans la vieille robe de sa mère, soit relookée par ses nouveaux amis.




Elle est éprise, et aimée, du jeune noble charmant François Harcourt,  (par ailleurs déjà fiancé)  mais l'aiment aussi Charles (le jumeau de François) qui sera presque tué pour elle, Kennosuke son collègue de cirque, Fernando le gosse de riche insupportable, Oliver le condisciple d'orphelinat , Christian qui a été rencontré en route, bref chaque garçon qui n'a pas vingt ans.



Et Nadja n'en a aucunement conscience! Sa condisciple d'orphelinat Rosemary, elle, sue sang et eau pour accomplir son rêve, sans que rien ne lui tombe tout rôti dans le bec. Elle a même un métier très dur en comparaison (femme de chambre). Voilà pourquoi, même si Rosemary est une antagoniste (elle se fera passer pour Nadja auprès de sa mère, de façon temporaire), elle a souvent eu la préférence du public qui trouvait cette fille qui en bave plus proche de lui.



Alors, pourquoi je trouve que Nadja marche malgré tout sur la corde raide? Primo, elle ne sait pas tout faire: alors qu'elle maîtrisait facilement toute nouvelle danse locale apprise, en Espagne son professeur de flamenco la trouve décidément nulle. Nadja s'entraîne la nuit entière, jusqu'à saigner. D'habitude dans  les animes japonais c'est la solution miracle; ici l'enseignante la trouve toujours aussi médiocre! Heureusement cela suffira pour un spectacle de cirque.



Deuxio, surtout, Nadja décide de ne pas rester auprès de sa mère tant cherchée, et de refuser son héritage ducal. Le dernier bal est le seul où elle est effectivement invitée mais aussi le seul où elle se présente en uniforme d'orpheline. Après avoir rejeté la vie qu'on lui offre, elle court retrouver la troupe et repartir sur les routes!  Comme Rémi, avec ses chiens, elle rejettera la récompense finale. Et puis surtout: Nadja n'énerve personne, mais c'est peut-être faute d'être très connue.



Bloom dans Winx est aussi un exemple entre-deux.




Son passé semble pourtant une check-list des points clés des Sue: elle a été adoptée, est en réalité une fée, vient de la planète Domino dont c'est la dernière survivante (jusqu'à ce qu'elle réveille tous ses habitants) , c'est la fille biologique des souverains qui auraient préféré ne jamais la perdre, le film L'aventure Magique en fait une princesse rebelle, elle a eu au moins trois familiers, elle est la seule au monde  à maîtriser la dangereuse "Flamme du dragon"...Alors, pourquoi pas (vraiment) Sue?



D'abord un seul garçon, Sky, la courtise. De plus, ses parents adoptifs l'ont bien traitée (et ne sont pas morts, pas plus que les biologiques!). Ensuite, les cinq amies de Bloom, les Winx, sont toutes des fées, sont presque toutes des princesses aussi, ont eu le même nombre de familiers, ont toutes un petit ami...Bref, elles sont comme Bloom, et quand tout le monde est exceptionnel, plus personne ne l'est.
 Ça aurait pu faire un effet troupeau gênant, du style pile de Sue comme dans Tara Duncan. 




Mais ici l'effet groupe fait que l'attention se divise et que le but de tout un chacun n'est pas de faciliter leur existence; en fait certains peuvent les détester sans que ça se traduise par des conséquences aussi douloureuses que possible! Bloom vit dans un monde où être une Sue est quasi normal; la série a subi bien des reproches mais personne ne semble être énervé par l’héroïne en titre en particulier. Il est bon de noter que celle-ci maîtrise le feu, mais seulement lui: une Sue à 100% aurait su manipuler tous les éléments, qui sont ici l'apanage de ses amies (les plantes, l'eau, la lumière, la musique et la technologie, respectivement).  Tout n'est pas facile pour Bloom, elle commet des erreurs, a des complexes...

  Enfin ces deux séries évoquées sont destinées à un public d'enfants,  pour qui de tels héros sont quasi normaux.


Kvothe dans la saga de fantasy Le Nom du vent  est à première vue concerné par le problème: il est juste incroyable.


 Il est très intelligent, sa famille se fait massacrer, il entre à l'université ou gagne un titre de maître musicien à un très jeune âge. Il apprend à user du vent comme d'une arme, à tuer un dragon à distance, il a eu plusieurs copines...Oui mais: toute cette histoire est racontée par Kvothe, qui a fini tavernier, pas une façon très brillante de passer sa retraite (tout personnage qui finit mal ou modestement n'est pas une Sue). Il pourrait donc aussi bien être mythomane, et avoir enjolivé voire inventé l'histoire! Tout est affaire d'interprétation.




Laura, dans  Code Lyoko évolution, aurait pu être qualifiée. Code Lyoko évolution, cinquième saison en live-action du dessin animé Code Lyoko n'est lui-même pas une référence, mais un personnage mal amené comme Laura Gauthier le prouve (arrive comme Brynga dans la série d'origine, mais qui elle, ironiquement, était parodique!).



C'est une nouvelle élève (à la cinquième saison, ça part mal...) et meilleure en sciences que Jérémie, le génie qui a pourtant pu piloter XANA de l'extérieur pendant quatre saisons (et le vaincre pour finir).



 Elle tourne autour de ce dernier malgré qu'il aie déjà Aelita, rien n'est jamais sa faute (pourtant c'est le cas), elle devient Lyoko guerrier parce qu' inexplicablement elle ne perd pas la mémoire comme tout le monde, après un retour dans le temps...


Oui mais: les auteurs se sont d'eux -mêmes aperçus que quelque chose clochait; sa mémoire sera effacée puis elle sera exclue du groupe pour cette raison, vingt épisodes après.

Tauriel dans Le Hobbit : La Désolation de Smaug et Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées, deux derniers volets de l'adaptation cinéma de Bilbo le hobbit, a souvent été qualifiée de Sue aussi.



A priori on comprend pourquoi: elle n'existe pas dans le roman, a des liens avec des personnages clés  ( sœur adoptive de Legolas et amoureuse de Kili),


est orpheline par la faute des orcs, n'est pas comme les autres elfes (aventureuse et sans préjugés sur les nains). Mais surtout, surtout, elle semble l'incarnation d'un type de Sue relationnelle (et souvent avatar) très commun dans les fanfics du Seigneur des anneaux: une elfe love interest pour Legolas, normalement célibataire.



Sauf que là: Legolas l'aime-t-il comme on aime une sœur? Ça pourrait bien être le cas puisque Tauriel a été élevée comme telle et, plot twist, elle lui préfère le nain Kili...qu'elle n'obtiendra pas non plus puisqu'il mourra. Tauriel n'a pas été conçue avant tout comme une amoureuse pour Legolas mais comme une présence féminine dans une saga qui en manquait.



Peter Jackson qualifiera cette décision comme  "dépourvue de sentiments" , mais au-delà d'un aspect bassement mercantile, il faut reconnaître que le besoin s'en faisait sentir. L'interprète Evangeline Lilly  dira de Tauriel : " Mettre dans les salles neuf heures de divertissement et ne pas avoir un seul personnage féminin, cela reviendrait à dire aux jeunes filles qui iront voir les films qu'elles ne comptent pas, qu'elles ne sont pas importantes et qu'elles ne peuvent pas jouer un rôle central dans l'histoire. " Tiens donc...Evangeline Lilly  apprécie-t-elle donc son personnage? Ça m'en a tout l'air. On peut rapprocher cette démarche de celle des adaptateurs d'Astérix, avec aussi peu de femmes importantes, mais qui insèrent des personnages féminins forts dans les adaptations au cinéma.



Rey dans la troisième trilogie Star Wars a eu le même problème, à l'époque de la sortie du premier film.


Il suffisait de taper "Mary Sue" sur Google et son visage apparaissait en premier. Toutefois, ce jugement était un peu injuste.


Rey avait la très lourde tâche d'être le personnage central d'une trilogie Star Wars qui n'est ni Luke Skywalker ni Dark Vador, évidemment que certains la verraient comme une intrusion. Déjà, Jaina Solo, fille de Han et Leia dans l'univers étendu, (pardon, Star Wars legends) avait cette réputation pour la même raison.





Et oui, Rey maîtrise la force et les sabres lasers très rapidement comparé à Luke. Mais ça a moins à voir avec le fait d'être surdouée, que celui d'être dans une suite.

On a déjà vu Luke galérer en long et en large pour maîtriser ces techniques, pour le spectateur ça n'a rien d'une découverte, se répéter aurait été lassant. Et personne ne traite jamais Anakin Skywalker/Dark Vador de Gary Stu, en dépit du fait qu'il était déjà capable de gagner des courses de modules à huit ans. Disons que dans l'univers Star Wars le talent attend rarement le nombre des années de façon générale.



De toute façon, Rey est beaucoup moins qualifiée comme telle depuis la sortie du deuxième film. La révélation comme quoi ses parents étaient des gens quelconques, qui l'ont abandonnée volontairement, y a sans doute contribué.



Si Rey avait été liée par le sang à des personnages clés, cela aurait pu contribuer en revanche à une réputation de Sue. Quoique...On parle de Stars Wars là. Où vous pouvez  découvrir que le grand méchant qui vous poursuit et  la jolie princesse que vous  avez sauvée (ou le fermier qui est venu vous chercher) sont respectivement votre père et votre sœur (ou frère), alors que l'univers c'est vaste. Une telle révélation n'aurait donc pas été si inattendue.



Daisy Ridley, l'actrice, semble aussi aimer son personnage et celui-ci paraît  lui avoir valu plus d'éloges que d'ennuis.

De toute façon, l'histoire de Rey n'est pas finie à l'heure actuelle. Le dernier film n'est pas sorti, et porter un jugement sur une oeuvre inachevée est hasardeux. A moins qu'on aie affaire à une histoire très longue, où les détails abondent et permettent effectivement de définir un personnage comme Sue.


Ne jugez jamais à la hâte un protagoniste dont l'histoire ne fait que débuter...le premier d'une longue série de pièges dont je parlerais très bientôt.



Pour le reste, ces personnages sont -ils des Sue? Oui, dans les détails caractéristiques apparents et parfois dans leur score. Non, dans l'exécution, les conséquences pour l'histoire et parfois pour les comédiens interprètes, et l'impression générale dégagée par l'oeuvre.



Alors, le sont-ils, ne le sont -ils pas...? Je ne dirais rien de définitif, sinon que, finalement, la catégorie "borderline" existe apparemment...