lundi 11 février 2019

Ceci n'est pas une Sue: Les super-héros























Jusqu'ici, j'ai expliqué ce que sont les Sue, puis donné des exemples notoires.



Il est temps de passer à la phase 2: des personnages qui n'en sont pas, quoi qu'en pense et en dépit de leur réputation. Ce ne sont ni des exemples borderline, ni d'une écriture mauvaise pour une autre raison, non: ce n'en sont pas, point.


Car bien souvent, on dit des personnages concernés que ce sont des Sue parce qu'ils sont beaux, doués, (voire très puissants), le focus du scénario, et les élus d'une prophétie. Parfois ils sont  appréciés, ou même riches. Ben...Ça s'appelle "être le héros" à la base, non?



Vous connaissez peut-être la bannière : "Tu l'appelles une Mary Sue, je l'appelle intéressante".  Et c'est vrai: pour la jeunesse, par exemple,  un héros qui a tout pour lui se fait souvent...et c'est couramment admis.



Un anti-héros qui n'a rien? Il a peu de chance d'attirer l'attention sauf chez qui a un fort second degré.


Quelle différence entre le vrai héros et la Sue? Et bien, ça tient à des petites subtilités: un héros n'est pas forcément un avatar, a des faiblesses ou un handicap, peut trouver meilleur que lui, a besoin de fournir des efforts, peut être socialement rejeté...voire tout cela à la fois.

Et puis...il est temps de révéler une vérité non-dite jusque là car je la croyais évidente, mais peut-être pas tant que ça: aucun personnage né avant 1974 ne peut être qualifié de Mary Sue. Pour la simple et bonne raison que le terme n'existait alors pas: il a été créé cette année -là  par Paula Smith dans sa fanfic a A trekkie's tale, souvenez-vous.



Et c’est ce que j'ai fait: mes exemples s'échelonnent de 1980 à 2014, vous pouvez vérifier. Du coup, cela innocente de facto certains personnages évoqués à la fin de l'article précédent. Songez qu'ils sont trop anciens de toute façon (Beth March, Charlie Bucket, Jaina Solo, Sherlock Holmes et Gwen Stacy).


Oui mais: Paula Smith n'a pas sorti l'archétype de sa seule imagination, me direz-vous. Son lieutenant Mary Sue existe,  car elle est la parodie d'un cliché de personnage déjà existant à l'époque.



 Du coup il est plus juste parler de "proto-Mary Sue". D'accord, mais des personnages d'avant 1974 méritent -ils ce qualificatif? C'est possible, mais il ne sera pas question d'eux ici. Plutôt de personnages de toutes dates de naissance, mais qui pour sûr ne méritent pas ce qualificatif, proto ou pas.

Commençons par les super-héros. Certains (ou certains super vilains) sont effectivement des Sue, on l'a vu dans les articles dédiés, et certains autres que je n'ai pas détaillés sont sûrement concernés aussi.





Ce peut être dès l'origine, ou via une réinterprétation. Sans parler du fait qu'on peut être une Mary Sue dans l'univers des super, sans être un(e) super soi-même.




Inversement, on peut être un super aux talents de fou, et ne pas en être une.

A noter que, en principe, je vais vous parler de la version "folklorique" des héros. C'est à dire? Un héros folklorique est un personnage de légende, dont on ne connait pas le créateur d'origine, et que pourtant tout le monde visualise et peut résumer l'histoire dans ses grandes lignes.


N'importe qui situe Le petit chaperon rouge et le Robin des bois originels.



Les adaptations respectives de Tex Avery, ou de Ridley Scott, ne sont pas les personnages dans leur ensemble mais juste une interprétation particulière et ponctuelle de ceux-ci, qui ne les définissent pas en général.




Bien qu'ils existent depuis moins d'un siècle, et que les auteurs soient parfaitement connus, les super-héros sont très vite devenus folkloriques à travers leurs diverses adaptations et leurs innombrables auteurs repreneurs et temporaires (sans parler des versions parallèles).





Vaste sujet...
 On en retient à chaque fois une définition brute du héros, par delà des détails propres à chaque incarnation.D'un super-héros, chacun connait l'apparence, le vrai nom (correspondant à l'identité principale s'il ou elle en a eu plusieurs), les pouvoirs, ses proches, ses ennemis, et l'origin story.




Seuls les geeks, en revanche, sont capables de raconter précisément des arcs narratifs. Peu d’événement marquants (souvent des mariages, des naissances, et des morts ) semblent avoir été retenus du  grand public. Ce qui nous fascine, comme disait Simon Astier, c'est la personnalité d'origine du super-héros ( la "folklorique"), et après finalement peu importe ce que les divers repreneurs raconteront à son sujet.





Débutons par le point de départ incontestable, Superman. Qui date de 1938 et est trop vieux pour être qualifié de Stu. Bon ben à la prochaine fois...





















Non, plus sérieusement: il pourrait être qualifié de proto Stu? Pas du tout, Superman, qui est le plus ancien des super héros, bénéficie d'une clause dite du "grand-père". C'est à dire: quand un personnage est  l'un des tous premiers d'un genre bien précis, qui n'était pas encore bien défini, et qui excuse de la sorte ses exagérations.



Dans le cas de Superman, on est prompt à dire qu'il est sans défauts, over-cheaté, imbattable et donc  très ennuyeux. En réalité, Superman s'inspirait du concept du surhomme (Übermensch) du philosophe Nietzsche, dévoyé par les nazis qui proclamaient que l'homme aryen était le surhomme.



Joe Siegel et Jerry Shuster, auteurs juifs américains, décidèrent à la veille de seconde guerre mondiale de faire du "surhomme" quelque chose de plus positif.

 Un protecteur et un gardien, dans la veine du Golem de Prague créé pour protéger le peuple juif.



Par conséquent, Superman a des sens exacerbés: la force surhumaine pour le toucher, les lasers dans les yeux pour la vue, la super ouïe et le super souffle pour l'odorat. En 1941, la première adaptation, un cartoon des studios Fleisher, ajoutera le vol, car Superman sautant au dessus des immeubles comme il le faisait au début était trop dur à animer. L'homme de demain, donc, amélioré au fil du temps.





Ce n'est qu'après que s’installera la règle tacite comme quoi les super-héros n'ont en moyenne qu'un seul pouvoir. Pourtant, Superman continuera d'être perçu comme cheaté? Inexact: on lui trouvera vite  plusieurs talons d'Achille, qui font qu'il est en réalité  loin d'être imbattable . La kryptonite sera inventée dès 1942, dans l’adaptation radiophonique.



Il faut ajouter la magie, ou les rayons infrarouges (sous un soleil rouge) qui suppriment ses pouvoirs et son invulnérabilité. Faut-il s'étonner que Lex Luthor, sa némésis, soit un mortel? Pourvu d'assez de moyens (comme la kryptonite), il constitue une menace crédible.



Plus simple encore: avez-vous remarqué que Superman est entouré d'un nombre conséquents de proches terriens sans pouvoirs?



 Capables de se défendre certes, mais parfois, un terrien peut finir par être dépassé en cas de force majeure et servir d'otage.



Si un être aimé de Superman est détenu par un méchant, il se rendra forcément sans conditions. Comme , pour donner un exemple récent, sa mère adoptive dans Batman vs Superman.



En fait, la grande moralité de Superman peut être considérée dans ce cas comme une faiblesse. Son côté boy scout, qu'on ne lui a que trop reproché, n'a pas pour principale utilité de la rendre trop lisse. Mais bel et bien vulnérable: il vous suffit d'avoir en votre pouvoir un car scolaire rempli d'enfants, même inconnus de l'homme d'acier, pour le tenir en respect.  Car ce dernier ne saurait sacrifier d'innocents, même s'il n'a aucun lien avec eux.



Peu importe, finalement, le nombre de pouvoirs possédés dans ces cas-là. Durant l'âge d'argent (entre les années 1950 et 1970), Superman pouvait avoir de nouveaux pouvoirs à mesure que le scénario le demandait: super hypnose, super télépathie, super mémoire, super ventriloquie, voyage dans le temps...






 Et sa force était au point qu'un de ses éternuements pouvait détruire un système planétaire.


 Quant à sa forteresse de solitude, elle avait tout d'un parc d'attraction. Sans doute l'une des époques où il était le plus proche du concept de Gary Stu.




 A nuancer, cependant: c'était justifié parce que les scénarios devaient, à cause du code de conduite d'alors, proscrire la violence, qui cédait le pas  à la fantaisie. D'où le résultat d'un Superman plongé dans des intrigues absurdes, mais qui étaient justement destinées à nous le faire paraître moins parfait, car plus risible? C'est bien possible.




Un autre exemple de Superman Gary Stu et plus proche de nous est le Superman " one million" paru dans la série auto conclusive du même nom.  A la fin, un Superman futur qui a passé un million d'années dans le soleil jaune (accroissant sa puissance) en ressort à l'état de quasi dieu.





Il est notamment capable, à partir d'un échantillon D’ADN, de ressusciter Lois Lane et d'en faire un être tout aussi immortel, afin que son grand amour  soit pour toujours à ses côtés.



 Et ensuite? C'est tout, le couple entre dans une sorte d'olympe et ...fin de l'histoire, car un tel Superman aurait effectivement été ennuyeusement invincible.



N'oublions pas non plus que Superman n'est super que la moitié du temps. Son identité secrète est celle d'un homme peu  séduisant (merci les grosses lunettes) mais aussi censé être timide, effacé, coincé, peureux,maladroit, plutôt faiblard...et qui n'a guère de succès donc. Les auteurs d'origine avaient compris qu'il convient de contrebalancer un héros brillant avec un total antihéros . Qui en tant que journaliste, est loin d'avoir des crédits illimités.



Après la crisis de 1986, Clark Kent redeviendra le centre de l'attention de l'histoire, passant ses défauts à la trappe; il apparaît moins empoté.




Par compensation, Superman perdra pas mal de ses pouvoirs apparus au fil des ans. Sa force se borne à soulever une maison ou arrêter un train (maximum), et il n'a gardé que les lasers, la vue radiographique, la super ouïe, le vol, le souffle arctique et le super souffle. Egalement la super vitesse, mais elle est réputée inférieure à celle de Flash. La forteresse de solitude sera considérablement épurée.

Ajoutons-y le fait qu'il est loin d'avoir la tête enflée que ses détracteurs lui décrivent. Il ne méprise pas les terriens (il fréquente même beaucoup d'entre eux, rappelez-vous), contrairement à son compatriote et ennemi le général Zod.


 Superman ne se croit pas davantage supérieur à tout le monde, même s'il est arrivé que des auteurs officiels de DC ne l'aimant pas le décrivent comme tel (comme Frank Miller). En revanche, le héros de DC avec les chevilles qui ne passent pas la porte, c'est Booster Gold!



Venu du futur pour ressembler aux super-héros qu'il admire, il n'a d'autres qualités que son petit robot qui a réponse à tout, des moyens technologiques avancés donnant divers pouvoirs -et son formidable ego. Si formidable qu'il est risible: Booster est surtout là pour faire rire, car croyez-moi, la plupart des auteurs DC savent bien qu'un héros vantard est trop insupportable pour être pris au premier degré.

Superman était aussi un ultime survivant, mais avant que ce soit cliché pour un super-héros. En fait Clark ne peut même pas se souvenir de sa petite enfance de toute façon, et il a eu un passé heureux puisqu'adopté par des gens aimants.



Voilà pour Superman, ou en tout cas, sa version dite "folklorique".

Idem pour Batman. J'ai expliqué comment certains auteurs repreneurs en particulier (comme Frank Miller ou Zack Snyder) en avaient effectivement fait, parfois, un Gary Stu de compétition. En faisant de lui ce qu'on appelle une "Sue possédée".





Mais le héros d'origine, créé par Bill Finger et Bob  Kane?  Pas vraiment.



D’abord, sous le coup de la clause du grand-père lui aussi, Batman n'a aucun pouvoir, il est ce qu'on appelle un vigilante (avec L'archer vert ou Hawkeye, Black Widow...).  Car  à l'époque "héros costumé" ne rimait encore pas forcément avec "super-pouvoirs" .  Batman était un héritier des "normaux en costumes" des romans pulp et feuilletons radiophoniques, comme The Shadow.



Ce n'est qu'après 1986 et le Dark Knight de  Frank Miller que cette particularité de Batman deviendra inexplicablement une force supérieure. C'est parce qu'il n'a pas de pouvoirs que Batounet bat n'importe qui avec son petit doigt, Superman compris?



Heu, et la logique? Soyons sérieux une seconde, toute la préparation du monde ne bat pas tous les super pouvoirs réunis, et un vrai Batman vs Superman, ça ressemblerait plutôt à "Bambi contre Godzilla". Avec Batman en tant que Bambi, précisons -le.





Utilisé de façon raisonnable, Batman a des adversaires à sa hauteur, dans son propre univers (car la plupart des Batvillains sont sans pouvoirs eux aussi).


Sauf elle.

 Et au sein de la Ligue des Justiciers, et bien tant pis: des scénaristes raisonnables nous l'ont montré comme otage potentiel pour faire venir ses camarades, puisqu'il  reste le plus vulnérable en réalité. Et bien souvent Bruce l'accepte, utilisant au mieux ses principaux atouts. Ses "merveilleux jouets" pour couvrir les arrières en cas de bataille,et  ses  réflexions au siège de la ligue pour des tactiques efficaces; destinées à ses collègues plus à même de prendre des coups en première ligne. Ben oui, à un moment, les vrais avantages  de Batman, c'est sa cervelle et son équipement, pas ses poings.



"Tu régresses, Batounet. Il y a trente ans, tu m'aurais envoyé du gaz somnifère."


En contrepartie, c'est vrai, Bruce Wayne semble avoir une identité secrète pas désagréable. Il y a pire qu'être playboy milliardaire...mais au début, toujours pour équilibrer, Batman n’effrayait pas que les criminels lâches et superstitieux. Vues ses manières et son apparence, il avait tendance à aussi paniquer les braves citoyens, comme on peut le voir au début du premier film de Tim Burton.


L'âge d'argent et sa  bien-pensance signe la fin de la période gothique de Batman. Désormais, avec un acolyte préadolescent et coloré à ses côtés, les gens ont certes  maintenant confiance en lui, comme dans la série télé des années 1960.



Mais si vous l'avez vue, vous connaissez le problème: Batman est peut-être un héros apprécié de la population, mais sans pouvoirs, comparé à ses collègues, ce n'est jamais qu'un guignol comme un autre en collants (sans le succès de la série, très second degré, le comics aurait d'ailleurs été annulé). Et dans sa série de comics proprement dite, Batounet n'échappera pas lui non plus aux intrigues absurdes (et aux costumes ridicules, apparemment?).



Depuis, il a retrouvé son côté sombre, mais l'identification d'une bonne partie du public (car sans pouvoirs comme le commun des mortels) fait qu'il ne se comporte pas toujours de façon héroïque. Quel dommage: ne pas posséder ce genre de "talents" ne le pousse pas dans l'ombre de collègues arrogants, mais prouve au contraire l'ouverture d'esprit de ceux-ci. Et oui, Batman peut leur être utile sans être un Gary Stu.




Et Wonder Woman me direz-vous? Et bien son créateur, Charles Solomon, avait effectivement à l'esprit de créer "la femme parfaite".  Elle est décrite comme "Belle comme Aphrodite, sage comme Athéna, forte comme Hercule et rapide comme Mercure."



 A l'origine, c'est un golem d'argile à qui des déesses, en plus de la vie,  ont donné divers talents.



Beauté, sagesse, bonté, mais aussi force, vitesse, habileté, et un lasso anti-mensonges. Elle est presque invulnérable grâce à ses bracelets anti-balles et apprendra à voler quand l'usage de son avion invisible se révélera fastidieux.



J'ai dit presque invulnérable, car elle ne l'est pas en soi: surprise sans ses bracelets, un sniper aurait ses chances avec Wonder Woman .

Pourtant, parfaite est à nuancer quand on sait quels talons d'Achille lui ont été attribués par Solomon. Ce dernier était versé dans le sado-masochisme, ce qui explique que Wonder Woman perdait tous ses pouvoirs quand un homme lui liait les mains, pendant l'âge d'or! Vraiment!




Ça explique aussi les bracelets semblables à ceux d'une esclave, et le fait qu'elle ligote ses adversaires. Le lasso ne servait pas qu'à faire dire la vérité au début, il forçait aussi à obéir et Wondy elle-même n'était pas immunisée contre ses effets! Là, vous devez bien visualiser le côté SM ...



Evidemment, pour le comics book code, plus question de garder la pin-up qui pouvait se faire fesser par une poupée géante (véridique) à partir de l'âge d'argent. Ses faiblesses ridicules partiront aussi, mais en échange, comme tous les personnages féminins de l'époque, Wonder Woman deviendra une gourde en plus d'être également plongée dans des scénarios absurdes.

Ce n'est plus le cas par la suite, mais : outre qu'elle n'est pas invulnérable et peut se retrouver en danger, son identité secrète, Diana Prince,  est soit dans l'armée, soit agent du FBI et entre ses lunettes et son chignon, disons qu'il n'en faut pas plus pour qu'on la trouve laide...ainsi est fait "Le monde de l'Homme".



Si malgré tout vous trouvez le personnage folklorique absurdement parfait, songez qu'elle a artificiellement été créé ainsi et que surtout, elle était la  première super héroïne (en 1941) : autant être intéressante, avec un si lourd poids  à porter.



Aujourd'hui encore, c'est la seule super-héroïne à représenter la cause féminine, une cause de minorité, qui exige d'être irréprochable pour ne pas donner mauvaise impression de cette cause.  Clause du grand-père, toujours.



Et puis songez que chez DC comics tout ceci est un peu normal, au fond. Ils ont une tradition du héros, en apparence du moins, irréprochable et sujet d'admiration. Par contraste, Marvel a  voulu faire des héros plus ancrés dans le réel, plus proches de nous par les problèmes  à partir des années 1960.



Le plus symptomatique de tout ça, est celui que tout le monde préfère, quand on ne préfère pas Batman: Spider-man.



Je l'ai dit, le pauvre attire les Mary Sue comme un aimant (ironiquement, celles que j'ai analysées viennent de Marvel). Mais il n'en est pas un, pour sûr.



Les pouvoirs d'araignée, ce n'est pas mal, mais à cause de la mauvaise pub du Daily bugle, Spider-man est détesté de la population.


Ce qui  plonge dans la perplexité ce fan de comics, qui aurait toujours cru que tout le monde aime les héros qui font le bien. Et ne parlons même pas de sa vie personnelle, un vrai champ de bataille: Spider-man/Peter Parker tend à perdre tous ceux qu'il aime.



Au quotidien, la version folklorique est un des héros avec le moins de moyens, car au début, il est lycéen. Même après, c'est le "prolo" par excellence de cet univers.

Il y a aussi sa personnalité, qui est la raison pourquoi il est si apprécié: il était  proche du public de base des comics,  à l'époque de sa création en 1962. Donc, comme le lecteur de base d'alors, il est adolescent, nerd, et impopulaire.




Peter pourrait se plaindre d 'être si malchanceux mais il n'en est rien : c'est le comique troupier de l'éditeur, tournant en dérision tout le mal qui lui arrive. Même si au fond cela l'atteint de façon indéniable.



Que ce personnage soit si impopulaire in universe, mais l'un des plus populaires en vrai, est un paradoxe qui est parfois résolu dans les adaptations. Spider-man découvre, dans le troisième film de Sam Raimi, qu'il a enfin atteint une forme de popularité...mais ça ne change rien au fait qu'il n'a rien d'un Gary Stu.



Même aimé du public, il reste un poissard, et c'est pour ça qu'on l'aime, justement.

Quand on n'aime ni Batman ni Spider-man, on préfère Wolverine.




Alors lui aussi, c'est un cas particulier. Entendez par là qu'il a aussi été un exemple de Gary Stu par possession,  au point qu'on a nommé d'après lui "la publicité Wolverine" , c'est à dire la présence d'un personnage mise en avant dans la promotion, à propos d'une oeuvre où il n'est pourtant que peu, ou pas du tout, même.

Pourtant, le personnage d'origine était un méchant de l'univers de Hulk.



L'idée d'en faire un héros est ultérieure. Il était petit, désagréable, d'une hygiène douteuse...Disons que Wolvie n'a pas été créé dès le départ comme le ténébreux qui sort avec tout ce qui bouge, loin de là.

Et on pourrait en dire autant de presque tous les héros les plus connus du grand public.
Captain America?



Oui, à première vue, c'est un "Capitaine parfait" mais en réalité il est loin d'être invulnérable: il doit surtout sa survie à la présence de son bouclier. Le sérum qui le maintient éternellement jeune a aussi connu des ratés. Dressé contre l'injustice, Captain America est à priori le sens moral de Marvel incarné. Sauf que chez Marvel, on est vite confronté à la réalité, et le Cap a parfois ses convictions  heurtées, le rendant loin d'être infaillible . Comme le fait d'être un porte-drapeau pour son pays peut- être compliqué  à assumer quand ledit pays s'embourbe dans un scandale comme le Watergate.
Ou à quel point il peut être difficile de distinguer les bons des méchants, dans un conflit comme Civil War.




Et Iron man? Alors, oui, à première vue, Tony c'est aussi un play-boy milliardaire.




Oui mais: il lui faut une armure pour se battre car il n' a pas de pouvoirs. Et quelques vices, à commencer par l'alcoolisme.



Thor? Oui, c'est un dieu, mais un dieu longtemps étranger à ce monde, pas forcément bien adapté à celui-ci.



Souvenez-vous aussi que dans l'univers Marvel, même Hulk est capable de mettre une raclée à un "piètre dieu".

Hulk (version Bruce Banner s'entend) justement: ai-je besoin de préciser qu'une malédiction qui fait de vous un monstre qui ne contrôle pas ses gestes est loin d'être enviable?



Hawkeye ou Black Widow: Ben, souvenez-vous...et oui: ils n'ont pas de pouvoirs.



Chez DC, l'archer vert non plus d'ailleurs bien qu'il soit lui aussi à ranger dans la catégorie des milliardaires.



Et puis encore: Supergirl? Souvenez-vous, oui, c'est apparemment un doublon, mais loin d'être une copie parfaite de son cousin.



Elle est cette déclinaison féminine bienvenue pour les jeunes lectrices de l'époque. De plus, étant plus jeune, et moins expérimentée, elle commet des erreurs qui nécessitent qu'elle soit guidée.

La lanterne verte? Sa bague lui permet presque tout, mais doit être rechargée. Autrement dit, son principal problème est le risque de tomber à court de batterie.



Flash? Certes la super vitesse garantit en principe l'invincibilité, mais le pire ennemi de Flash, le professeur Zoom, a le même pouvoir. La super vitesse dans ce cas cesse d'être un avantage sur lui.



Pour le reste, Flash a beaucoup d'ennemis qui manipulent la glace ou dont les talents sont liées au climat, car le froid extrême ralentit ses atomes et peut même l’immobiliser.

Aquaman? Apparemment ce n'est pas mal d'être le roi de l'Atlantide et d'avoir des talents liés à l'eau. Sauf que pendant longtemps, le principal pouvoir d'Aquaman était sa télépathie avec les poissons, une qualité jugée si ridicule que le pauvre Arthur sera longtemps considéré comme la lanterne rouge de la ligue des justiciers.



Les jeunes titans? Et bien, sans compter ceux qui n'ont pas de pouvoirs (Robin/Nightwing, comme tous les membres de la Bat-family), être ado dans un monde dominé par les héros adultes ce n'est pas si simple, et vous n'avez pas toujours la crédibilité dont vous auriez besoin.



Les X-men? La population les redoute et les déteste. Dans le cas de Deadpool, précisions que son invulnérabilité lui a coûté son apparence. Et bien sûr ce doit être le super héros actuel qui se prend le moins au sérieux.



Les quatre fantastiques? La plupart gèrent bien leurs pouvoirs, mais Susan Storm est souvent enlevée, tandis que tout le génie de Red ne l'empêche d'être sujet aux problèmes de voisinage. La torche humaine apprécie la vie héroïque mais il est (au sens propre et littéral) une tête brûlée, dont les mauvais tours le rendent loin d'être exemplaire. Et est-  il bien nécessaire d'expliquer comment sa métamorphose en la Chose a affecté Ben Grimm?

De façon générale, les super-héros qui ont passé l'épreuve des années ont des faiblesses (physiques et morales) , ne sont pas tous des avatars, font face aux conséquences de leurs actions. Ils ne sont pas tous géniaux et/ou très riches, et relativement peu sont de sang royal. Ils n'ont souvent qu'un type de compétences, et leur métier est plus utile que glamour. La plupart n'ont qu'un conjoint maximum, sauf les playboys. Et encore: ça ne fait pas d'eux des "aimés de tout le monde", car lesdites relations sont toujours très brèves. Leur passé est souvent normal, et ils se plaignent peu. Leur physique varie, d'attirant à défiguré (quand ils n'ont pas la possibilité de paraître peu séduisants dans leurs identités secrète). La moitié seulement sont non humains. Ils sont souvent les originaux, ne sont donc pas des copies ou des remplacements. Ils sont réellement là depuis le début, pas des additions ultérieures. Quand double maléfique il y a , c'est souvent un adversaire à la hauteur, donc bienvenu. Ils traitent mal leurs adversaires, mais bien leurs amis. In universe, des gens les aiment, d'autres les détestent, et ils sont indifférents à d'autres, normal. Et en vrai ils ont autant d’admirateurs que de détracteurs.

Idem avec les super vilains: seuls ceux qui sont restés dans les mémoires correspondent aux critères cités plus hauts, et les plus célèbres (comme Lex Luthor ou le Joker) n'ont parfois même pas de pouvoirs.


Un méchant comme Docteur Fatalis, à la fois scientifique, sorcier et roi, peut sembler tout avoir. Mais il est défiguré, et à titre de gag, sera vaincu en quelques minutes par les écureuils de la rigolote Squirell girl/Ecureuillette.

 Et Loki est un dieu, mais...Ah oui c'est vrai. Piètre dieu.



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