lundi 14 janvier 2019

La société des Mary Sue: les autres problèmes d'écriture.

J'ai parlé des Sues pures et dures, puis des cas controversés.


 Mais il y a aussi des personnages qui traînent cette réputation sans la mériter forcément.



Quand on apprend l' existence des Mary Sue,  le premier réflexe consiste à en voir partout, c'est comme avaler la pilule rouge.



  On se demande si on déteste un personnage parce qu' elle ou il en est un(e). C'est souvent asséné comme une insulte suprême à l' encontre d' un protagoniste qu' on désapprouve.  Mais ce n'est pas si simple !  Des tas d'autres raisons peuvent rendre un personnage détestable.  Il existe bien  d' autres problèmes d' écriture.



-Le romantic false lead, ou amoureux indésirable.




L'indésirable, c'est le cauchemar des shippers. Comme la Sue relationnelle, c'est ce nouveau/elle love interest enfoncé(e) de force au milieu d'un couple apprécié-et dans la gorge des spectateurs. Comme la relationnelle, il ou elle sort de nulle part, n'a qu'à se montrer pour capter l'attention d'un des héros, et tout le monde, chantant ses louanges,  l'aide à le ou la choper...



Et les signaux du style fil rouge du destin sont d'une subtilité d'enclume, tandis qu'en toute objectivité, le spectateur ou lecteur, qui n'a pas eu le temps de faire connaissance, ne comprend pas  ce que l’héroïne ou le héros trouve de plus à ce petit nouveau, que son love interest habituel n'avait pas déjà. Et pourtant: Ce seul statut ne fait pas de ce personnage une Sue, si c'est là toute sa particularité.



Prenons deux exemples télévisuels, qui furent tous deux peu appréciés: Dan Gordon  dans la saison deux de Charmed et Riley Finn dans les saisons quatre et cinq de Buffy contre les vampires.



 Dan est beau gosse, et...et c'est à peu près tout, je crois qu'on ne saura même pas quel métier il exerce. Piper aura une tirade,  où elle dit le trouver irréprochable alors qu'ils se sont peu parlé jusqu'alors. On a en effet l'impression qu'il lui a suffi d'apparaître, pour qu'elle oublie séance tenante Léo, leur être de lumière et protecteur.



Dans la saison quatre de Buffy, celle-ci sort d'une relation mouvementée, mais très poignante, avec le vampire doté d'une âme, Angel. Autrement dit la créature qu'elle est censée éliminer. Peu commun, avouez-le, et Angel en tirera une telle popularité qu'il devra partir après la saison trois pour avoir son spin-off bien à lui.



Alors, à la saison quatre, Buffy rencontre le très mortel assistant d'une prof, Riley Finn. Bien sûr, il surgit de l'ombre chaque fois qu'on évoque le fait que Buffy pourrait se retrouver quelqu'un, Alex ne tarira jamais d'éloges sur lui,  tous les amis de la tueuse l'aideront à la conquérir. Et une fois que c'est fait ils auront une relation pleine de sexe (une malédiction en empêchait Angel), et sans remous.



Mais ni l'un ni l'autre ne sont des Stu : ils sont bien trop ordinaires. Dan et Riley, sans pouvoirs, sont des  simples mortels, et inspirent un ennui qui l'est tout  autant. En effet l'univers est fantastique, et tous les personnages récurrents, à commencer par leurs copines, ont des dons surnaturels.

Pire, leurs prédécesseurs étaient aussi dans ce cas: toute nouvelle relation de leur ex paraît donc fade à côté. Dan n'était au courant de rien ,  ce qui l'écartait  de la plupart des scénarios. Sans le prétexte de protéger les sœurs ni la capacité à se matérialiser au milieu du salon comme Léo, son habitude de chercher à  franchir le seuil du manoir Halliwell à tout bout de champ faisait intrusif-limite stalker.



 Riley, lui, connaissait il est vrai l'existence des démons et les combattait en tant que soldat. Etre le "badass normal"  du lot peut être un bon début. Toutefois, dans son cas ça faisait doublon parce qu'il y en avait déjà un comme ça dans le scooby gang : Alex.



Et puis franchement, vue l'intensité de la relation avec Angel, cette histoire toute simple sans haut ni bas faisait bâiller.



J'ai longtemps été persuadée que Riley était un sale coup de plus de ce sadique de Joss Whedon. Pas du tout: pour la seule fois de sa carrière, il aurait cherché à faire plaisir (preuve que ce n'est pas son truc car il s'y prend comme un manche).



"Vous être tristes , quand Buffy  a le cœur brisé? Pas de problème: la voilà dans la relation la plus stable possible." Autrement dit, où il ne passe rien...et selon les règles immuables du drame: on décroche.

Le public  voulait voir Buffy heureuse, oui, mais avec Angel. Et après lui (et Riley), les scénaristes comprendront vite qu'elle  ne peut plus sortir qu'avec un vampire pour soutenir la comparaison.



Dan, lui, perd du terrain seulement sept épisodes après son introduction, et Piper rompt seulement quatre épisodes plus tard! Dan réagit si mal à la fin de la saison deux en apprenant que les trois sœurs Halliwell sont des sorcières, que cela confirme qu'il n'aurait pas pu rester définitivement. Et il déménage à la fin de cet épisode, tandis que Piper se remet avec Léo.



 Leur relation ( interdite, et générant donc bien plus de suspens), leur mariage, et le fait de devenir parents rempliront à merveille les huit saisons suivantes. Là, les scénaristes avaient compris que notre attention n'allait pas forcément fléchir parce que Piper ne changeait pas de love interest comme de chemise, d'autant que c'était ce que ses sœurs faisaient déjà.

-Le chouchou du créateur (Creator's pet)




C'est clair: un tel personnage a tout, surtout si en plus c 'est un avatar. A commencer par le temps d'exposition, volant la vedette, si elle ou il ne l'avait pas déjà au départ. On le/la retrouve soudain au premier plan de l'histoire, il/elle connait tout le monde et a lien avec eux, était partout, sait tout faire, tous les autres chantent ses louanges...et c'est très vite agaçant. Et pourtant: non, ça ne suffit pas à un tel personnage à faire un candidat à être Mary Sue. A quoi bon être un chouchou, si en parallèle on a une vie affreuse?



Prenons Jessica Jones: vous devez la connaître comme une détective de l'étrange, dans la série télé du même nom. Mais saviez- vous qu'elle avait été autre chose auparavant?



 En 2001, un retcon nous apprend l'existence de cette camarade de classe de Peter Parker. Elle était amoureuse de lui, à une époque où pourtant c'était un vrai nerd à qui aucune autre fille ne s'intéressait. Elle l'a même vu être piqué par l'araignée radioactive.



Puis un accident de voiture tue toute la famille de  Jessica  et la met en contact avec des produits chimiques. Seule survivante, Jessica développe des super-pouvoirs dignes de Supergirl (super force, invulnérabilité, vol).


Par la suite elle sortira avec Scott Lang et Luke Cage,  et tous les héros ou vilains Marvel la croiseront un jour (elle a été sauvée par Thor quand elle était ado, par exemple).



Elle a aussi rejoint les Avengers, sous le nom de Jewel, et avec un costume bien cool. A ce stade on dirait le destin de Sentry, version femme...Oui, mais il y a un mais.


Kilgrave alias l'Homme pourpre, va hélas la contrôler mentalement huit mois durant, jusqu'à ce que Jean Grey la sorte de là, et lui permette de créer des boucliers mentaux dorénavant.



Comme Deadpool, Kilgrave a la capacité de regarder au- delà du quatrième mur. Il ne manquera pas de souligner à Jessica: "Un jour tu es une super héroïne dont personne n'a entendu parler et le lendemain tu es le centre du monde. Tout à coup on ne voit que toi. Au diable les incohérences dans la continuité."

Et oui...Après les fameux huit mois, non seulement Jessica est complètement traumatisée, mais découvre que les autres Avengers n'avaient pas remarqué son absence. Dégoûtée,  elle se retire du super- héroïsme et ouvre l'agence Alias, puis dirige un journal. Jessica perdra même sa capacité à voler, à force de ne plus utiliser ses pouvoirs! Car elle est en fait une parodie du concept.



 L'histoire de l'agence Alias aurait au départ dû être avec un personnage existant, Spider-woman, mais qui était prise dans une autre storyline. Donc un nouveau personnage a été créé de toute pièces par rétroactivité, jouant avec le concept de personnage inséré par flash- back.



Je me suis posé la question de Mary Sue concernant Regina ou Rumpelstiltskin  dans Once upon a time. Très présents, nouant des relations amoureuses qu'ils n'auraient jamais eu dans le canon normal de Disney, s'en sortant tête haute (surtout dans la réalité de Storybrooke).




Oui mais: ils connaîtront un passé difficile, le deuil, et surtout, n'agacent personne! Ces personnages ont toujours été très populaires (même si je ne comprends guère pourquoi) . Donc chouchous des créateurs, plus que Mary Sue.

-Personnage au potentiel gâché ou surélevé


Ou "They wasted a perfectly good character", " ils sont gâché un parfait personnage". On en connait tous, de ces seconds rôles qui mériteraient d'être les héros tant leur passé est plus intéressant. De "gentils" si immoraux qu'ils feraient d'excellents méchants, ou le contraire. De ces personnages secondaires qui feraient un love interest tellement plus intéressant et crédible que la moitié officielle du héros ou de l'héroïne...Voilà ce qu'on appelle un personnage sous-estimé.



Et puis parfois c'est l'inverse. Un protagoniste dont on sent qu'il ou elle n'a rien à faire là, dont on s'étend sur le background dont tout le monde se fiche pourtant, qui est mis en avant dans une aventure ou poussé dans une relation qu'il ou elle ne mérite pas. Bref, un personnage surestimé ou en tout cas mis dans un rôle qui ne lui convient pas. Pourtant: être surestimé, ça ne suffit pas à faire d'un personnage une Sue.


Exemple: j'ai toujours été perplexe face au traitement d'Asami dans la série La légende de Korra.



Vraiment, je ne la voyais pas du tout comme une amoureuse potentielle (pour qui que ce soit), faute d'alchimie à mon goût.



Alors, Asami qui sort avec tous les personnages principaux, Sue relationnelle? Et bien non.  Mon problème avec elle, je le comprends maintenant  : à la base, le personnage était prévue comme une méchante, qui finirait par trahir les héros. Le staff a finalement modifié son rôle, mais même pas son apparence. Ça explique ma frustration à son égard : j'aurais adoré voir une telle méchante.




Mais ce n'est sûrement pas une Sue, car moi seule semble ne pas l'aimer sur toute cette planète...

-L'ace




Et puis il y a tous ces outils d'écriture qui ne sont pas des problèmes ou des fautes, mais des techniques parfaitement légitimes d'utilisation. Et pourtant: certains peuvent laisser de fausses impressions de Sue.

L'ace ou as, comme dans l'as des as, est exactement ce que son nom signifie. La meilleure carte d'un jeu, et donc, apparemment le meilleur personnage possible.




 Celui ou celle qui est à la fois beau, riche, intelligent et qui sait juste tout faire. Tout, de la maîtrise des armes à celle des langues en passant par celle des arts, des sports  et de l'informatique.



Et qui dépasse le/la héros/héroïne, et de loin, dans son principal domaine de compétence. Une minute...l'ace n'est donc pas le protagoniste principal? Ben non, c'est même à ça qu'on les reconnait, du moins en partie.

Dans l'animé Yumeiro patissiere, Mari Tennouji est la présidente du conseil des élèves du lycée de pâtisserie Sainte-Marie. Et belle, et riche, et musicienne, et bien sûr, pâtissière émérite . Elle collectionne les prix depuis des années, est unanimement reconnue comme un génie, et ayant une technique au delà d'un professionnel.



 Mais l'héroïne est Ichigo, qui est maladroite, ne savait pas cuisiner à la rentrée des classes et a besoin de toute l'aide de son groupe de travail pour progresser.




Dans Battle royale, Shinji Mimura est un sportif doué, beau, aimant à filles. Il a des connaissances poussées en armements, piratage informatique et espionnage bien qu'il soit lycéen. Il passe d'ailleurs près de vaincre les membres du gouvernements qui l'ont enfermé, lui et ses camarades, dans ce jeu de la mort.


 Et pourtant: le héros c'est Shûya Nanahara, un impulsif qui n'aurait pas survécu cinq minutes si le costaud Shogo Kawada ne l'avait pris, Noriko et lui , sous son aile.



Cedric Diggory, beau, grand et sportif, sort en plus avec la jolie Cho Chang. Il ferait un meilleur champion, de l'avis général, qu'Harry Potter dans le tournoi de La coupe de feu...



mais la série s'appelle Harry Potter comme vous le savez.



Dans les films (et livres) La trilogie des gemmes, la grande et belle Charlotte Montrose est censée, grâce à un gène très rare (il n' y a que douze personnes concernées dans l'histoire de l'humanité), pouvoir voyager dans le temps à partir de ses 16 ans.



D'ici là, elle a appris à tout maîtriser, les langues, l'escrime, le combat, le maintien, la musique, l'étiquette, l'histoire...Et est sous la protection d'une société secrète intéressée par ce pouvoir.


Mais la narratrice du récit est quand même sa cousine Gwendolyn, une gothique renfermée et maladroite, le désespoir de sa famille. Il suffit de voir la différence entre  leurs fêtes d'anniversaires respectives pour constater qui la majeure partie des membres des Montrose préfère.

Dans les mangas et anime centrés sur le sport ou tout du moins une discipline que le héros ou l'héroïne est en train de débuter, l'ace est très commun. Vous savez, ce garçon ou cette fille déjà triple champion(ne)  du monde à 15 ans, que le héros ou l'héroïne rêve d'affronter?





Mais, me direz-vous, on a déjà établi qu'une Sue peut commencer sa carrière comme personnage secondaire. Quelle différence avec l'ace? Si ce(tte) dernier(ère) est sympathique, c'est un modèle, une émulation, l'idole que le/la  héros/héroïne veut égaler. Voire, c'est son mentor. Mais là encore, vous vous souvenez que bien des protagonistes admirent voire idolâtrent des Sue et Stu pour leur donner une crédibilité qu'ils n'ont pas.




Alors, encore une fois, quelle différence? C'est simple: on n'oublie pas qui est le/la héros/héroïne. Donc il/elle reste le focus de l'histoire. Une personne ordinaire, du moins en apparence, qui fait des efforts pour être à la hauteur, comme tout le monde, et facilitant l'identification.



Le destin de l'ace, pour finir, est toujours le même: chuter. En mourant, en tombant du côté obscur, en échouant, ou tout simplement en tombant de son piédestal et en étant battu(e)-par le protagoniste, ça va de soi. Au mieux pour lui/elle, en sortant de l’histoire et du focus de celle-ci.



L'ace existe pour l'émulation, mais aussi, pour finir, pour être non seulement égalé(e) mais même dépassé(e) : c'est en fait un mètre -étalon. Oui dépassé(e) , par notre soit-disant incapable héros/héroïne.


 Le destin d'un mentor est d'ailleurs la mort précoce, le plus souvent.

Avouez, d’habitude, personne ne bat une Sue ou un Stu....


Mari Tennouji, de fait, se révélera avoir comme unique motivation son amour (très précoce) pour le chef pâtissier et professeur Henri Lucas (il est français). Enlevez-lui tout espoir de voir cet amour se concrétiser, et Mari échoue à son concours suivant plus lamentablement qu'une débutante.


Mais Ichigo, réellement motivée par la pâtisserie, sera celle qui remportera ce même concours.



Dans Battle Royale, le plan de Shinji Mimura de faire exploser le siège des méchants échoue, et il en mourra, tandis que -attention spoilers- seuls Shuya et Noriko vont survivre.



Je suppose que vous savez aussi comment et en quelles circonstances Cédric est mort, laissant Harry comme champion même s'il s'en serait passé.



Dans La trilogie des gemmes, surprise, c'est Gwendolyn qui a hérité du fameux gène. Elle n'a rien appris, certes, mais cela ne l'empêchera pas de mener différentes missions dans le passé. Mieux, elle se révélera capable d'élapser (faire des bonds dans le temps) à volonté, et même (attention, spoiler) être immortelle par-dessus le marché.



Et oui: l'ace est le fait d'auteurs parfaitement au courant que certains personnages peuvent être comme la crème brûlée : irritants à force de perfection. Donc, il n'est certes pas le chouchou du créateur. S'ils ne sont pas des alliés du protagoniste, et destinés à chuter, alors être ace fait partie du bagage de la garce alpha.



 Le plus souvent féminin, cet autre archétype de personnage est cette peste qui tourmente l’héroïne, tirant son avantage de sa popularité basée sur la richesse et la  beauté.



Si elle n'est pas futile, la garce est une ace, plus douée que tout le monde. Comme Diana Cavendish et Octavie Pâtafiel, les premières de la classe de Little witch academia et Amandine Malabul.




Ou comme Charlotte Montrose, du moins au début. Peu charitable envers sa cousine, elle est considérée, selon cette dernière, comme "la huitième merveille du monde". Une fois révélé que Charlotte ne porte aucun gène et que Gwen en a hérité, c'est la "chute" de Charlotte.



 Et on n'en est pas vraiment désolés pour elle mais c'était le but. Oui, savoir tout faire, ça rend foncièrement antipathique. Attendez de voir si un personnage apparemment parfait va chuter, et donc savoir s'il s'agit d'une Sue ou d'un ace.





Et tout ceci ne sont que quelques unes des raisons pour lesquelles un personnage peut agacer. Il y a aussi: l'aisance matérielle, être la cause de tout, copier le protagoniste principal, devenir meilleur(e) que lui ou elle, être pur(e) à l'excès, sérieux également à l'excès, appartenir à la haute société, être un génie, l'avatar de l'auteur, remplacer un autre personnage, être surpuissant, se plaindre tout le temps, avoir un passé difficile, recevoir constamment des éloges, être le/la plus beau/belle,  d'une espèce non humaine, attirer tous les membres du sexe opposé, agir sans risquer de conséquences, avoir un double, un lien de parenté inattendu, sortir de nulle part, et donc,  énerver le spectateur.



Si un personnage a toutes, ou la plupart de ces caractéristiques, ça fait? Non des chocapic, mais bien une Mary Sue.



En revanche, en n'avoir qu'une, ou quelques unes, fait déjà un personnage détestable, mais pas un ou une Sue/Stu pour autant. Avant de prononcer votre jugement, demandez-vous: l'histoire est- elle déjà assez avancée? Le personnage possède-t-il ou elle beaucoup de caractéristiques irritantes? Etes-vous nombreux à ne pas l'aimer?



Dans l'article The canon sue  report (sur livejournal), les utilisateurs ont soumis une liste de Sues canoniques, à leur avis. Parfois c'était vrai, comme Smallville!Lana lang, Ayla, ou Bella Swan. Et d'autres fois, je crois qu'on se trompe de problème.

Gwen Stacy? Non: plutôt un cas de canonisation post-mortem. Une mort injuste et inattendue, pour un personnage, peut lui conférer une aura de martyr et le conduire à être vu(e) comme bien meilleur(e) qu'il ou elle était.



Tout le monde semble avoir oublié, dans le cas de Gwen, que c'était initialement  une peste qui s’intéressera d'abord à Peter Parker par orgueil: il était le seul garçon de tout l'établissement scolaire à ne  pas l'avoir remarquée!



Sherlock Holmes? Oui, il est futé, mais complètement asexué, et il est en fait  l'ace du narrateur de ses histoires, le docteur Watson.



Jaina Solo, fille de Han et Leia dans l'univers étendu de Star Wars? Non, pas plus que Rey. Comme elle, elle souffre du fait d'être un personnage central de Star Wars qui n'est ni Luke ni Anakin.



Charlie Bucket, dans Charlie et la Chocolaterie? Je vous accorde qu'il est plus gentil et poli que les quatre autres enfants qui gagnent un ticket d'or, mais quand on voit comment se comportent ces zozos, ce n'est pas bien dur.



Xena la princesse guerrière? Soyons sérieux, vous avez vu comment elle finit?



Damian Wayne? Complètement imprévu, à l'existence complètement absurde, et complètement indigne d'être l'héritier du héros qui ne tue jamais, ça oui. Mais relève plus du personnage mal placé.



Beth March (Les quatre filles du docteur March)? Elle est un cas bien connu de "trop pure pour cette terre pleine de péchés". Un personnage dont la mort brise le cœur. Mais justement: trop pure pour continuer...et l'histoire se fait  sans elle.



Ginny Weasley?



Non, bien qu'on peut trouver que Harry s'intéresse à elle un peu vite. On dirait un cas de "Zut, Harry n'a toujours pas de copine sérieuse, qui ça va être?" . Un problème de précipitation, couplé à un manque d'alchimie car l'action soutenue n'en laisse guère de temps. Mais ça reste une bonne idée, permettant à Harry de faire définitivement partie de cette famille Weasley dont il est proche depuis longtemps. Et contrairement aux Sues relationnelles, Ginny existe depuis le premier tome.



Emma Swan (Once upon a time)? Non, être l'élue d'un prophétie et une "sauveuse", ne suffit pas, si on n'a pas la motivation à sauver ou même qu'on commet des erreurs.



Starfire (Teen Titans)?


Non, bien que certains la qualifient de Sue relationnelle.  En effet, Starfire affirme qu'elle n'aimera jamais quelqu'un d'autre que Robin I/Nightwing...mais ça se justifie car culturellement, les tameraniens (son peuple d'origine) n'aiment qu'une fois dans leur cœur (parce que physiquement ce serait une autre affaire). Cette qualification de Sue manque d'objectivité, dans son cas, car prononcée par des gens qui la détestent. Et ceux qui la détestent le font le plus souvent car ils sont des shippers (de Nightwing avec Batgirl). De plus, Starfire n'est même pas une amoureuse indésirable: dans la chronologie (de l'oeuvre, différente de l'in-universe), la première love interest c'était elle...

Dawn Summers (Buffy)?


Non, c'est avant tout un exemple de "Larry", ou personnage dont tout le monde se souvient, sauf le spectateur.


En fait, c'est une parodie du concept: elle se révèle avoir été insérée dans l’histoire par magie et manipulation mentale. Sinon, bien sûr que l'existence d'une sœur pour Buffy ne nous aurait pas échappé pendant quatre saisons.



De façon générale, il ne suffit pas d'être le personnage principal, d'être l'élu(e), ou même d'avoir des pouvoirs de fou pour être classé dans la catégorie. La vraie question, c'est: que fait-on de toutes ces qualités?

Les erreurs existent. Certains personnages bien connus  ont cette réputation, pas méritée du tout. Nous verrons bientôt comment nous pourrons dire d'eux: "Ceci n'est pas une Sue".