lundi 22 juin 2015

Les cartoons de propagande




Durant la seconde  guerre mondiale, ce fut peu dire que toute l'industrie hollywoodienne  était au service de l'effort de guerre.



Dans le cadre d'une soirée spéciale sur Arte voici bien longtemps, j'ai appris qu'il y avait eu moult cartoons de propagande avec Donald, Daffy, Bugs Bunny ou la série des Soldat Snafu...



Manque de chance, j'en ai perdu l’enregistrement. Mais j'ai pu y apprendre des faits essentiels à commencer par le fait qu'un cordon sanitaire entoure ces cartoons aujourd'hui, en raison des caricatures de japonais ou d'allemands qu'ils contiennent; or aujourd’hui ce sont des partenaires commerciaux des américains qu'il faut éviter de froisser. Donc, si vous n'en avez jamais vu, c'est normal. (d'autant qu'ils ne furent jamais exportés ni doublés)

Le genre fut parodié dans Les Simpsons: Itchy et Scratchy, durant la Seconde Guerre mondiale, furent censés avoir conclu une trêve pour s'en prendre à Hitler à la place.


Je ne compte pas tous les énumérer; chez Disney, il y  en eut déjà des tas, mais je n'en ai vu que quelques uns notamment grâce à cette chaîne. Voici pour les plus marquants:


Education for Death (1943)




Oubliez le stéréotype Disney tout mignon tout gentil (même pour l'époque) . Il s'agissait de décrire comment on éduquait les jeunes allemands pour en faire des nazis.  (d'après un livre du même nom).  A la déclaration de naissance, les parents se voyaient imposer des noms aryens (il fallait éviter Sarah ou David, par exemple...) et dans le cas présent baptisent leur fils Hans.



On l'envoie à l'école où il entend raconter  les contes  de fées de façon un peu spéciale. Par exemple, dans la Belle au bois dormant (pas encore adapté par Disney à l'époque), c'est une sorcière classique (peau verte et chapeau pointu) qui est la méchante, et qui représenterait la démocratie.

Maléfique est plus classe, quand même.


Le prince la chasse, puis réveille la belle qui est l'Allemagne, puis précisément  l'allégorie Germinia,

Et habituellement supposée être jolie.



qui ressemble à une énorme cantatrice wagnérienne.



Le prince, sous son armure, est Hitler. Moralité: il a "réveillé" l'Allemagne en chassant la démocratie.



Quand Hans tombe par la suite malade, un officier s'en vient prévenir la mère qu'il doit promptement guérir sans quoi il sera considéré comme "inutile". En effet les malades incurables ou chroniques et les handicapés physiques et mentaux furent, à partir de 1940, gazés durant l'Aktion T4 en tant que "vies inutiles".




De retour à l'école, guéri, Hans récite chaque matin son allégeance à Hitler. Le jour où son professeur raconte une fable de lapin mangé par un renard, Hans a l'imprudence de plaindre la victime et se fait envoyer au piquet.



La réponse correcte était "Pas de place pour les faibles!". Hans apprend vite ce mode de pensée: l'Allemagne, plus forte, détruira les nations faibles.



L'enseignement supérieur consiste à brûler les livres et la partitions, remplacer les bibles par Mein Kampf (offert à tout jeune parent) , remplacer les crucifix par des épées, vandaliser les églises...



En Hans ne sera plantée aucune graine de rire, d'espoir ou de compassion. Parce qu'il ne sait, voit ou entend que ce que veut son gouvernement, il ira droit à la mort (de la main des Alliés).



Qu'on se rassure: un super-soldat comme Hans n'a en réalité jamais pu exister, surtout s'il était né en 1943 (et vu le régime s'écrouler). Pour les natifs du début du régime (1933), pour eux tout s'est arrêté à l'âge de  treize ans en 1945: trop jeunes pour combattre. Tous les autres avaient connu des jours meilleurs et possédaient sans doute plus d'esprit critique.

 Des gens très bien (car sinon les parents étaient jetés en prison en cas de refus) ont pu se retrouver par obligation aux Jeunesses Hitlériennes, comme le futur pape Benoît XVI. Le cartoon présentait en fait ce qui aurait pu arriver si la guerre s'était prolongée.

En revanche, dans les pays où de tels gouvernements ont existé ou existent encore depuis des générations, c'est différent. En Corée du Nord, certes on ne se bat pas contre les voisins (en principe) mais l'endoctrinement est le même...Depuis soixante ans: donc, nombreux sont ceux qui n'ont rien connu d'autre qu'un régime où le président est déifié (sérieusement: les contes là bas sont autant de fables sur sa soit-disant générosité), où regarder de la pornographie ou appeler à l'étranger est puni de mort et s'endormir durant un défilé militaire puni de vous faire bombarder.

La preuve, un jeune coréen du nord réfugié à l'étranger  admettait récemment avoir jadis dénoncé sa mère et son frère qui projetaient de fuir leur camp de prisonniers,  les envoyant  à une exécution certaine, tant la dénonciation faisait partie de son éducation.

On peut s'étonner de la séquence bouffonne du conte...Mais Hitler dans les cartoons à l'époque était toujours ridiculisé; le représenter en colère et gesticulant était un régal pour les animateurs d'alors, et c'était pour diminuer la peur qu'il pouvait inspirer  aux américains qu'il correspondait au stéréotype d'" Adolf Hitlarious". Autant dire qu'il faisait beaucoup moins rire après sa chute et la découverte des camps de concentration.

Idem dans Le dictateur de Charlie Chaplin, qui regrettera avoir tourné ce film après avoir appris l'existence de Shoah.



On pourrait aller plus loin et affirmer que tous les allemands étaient alors caricaturés...sauf, dans ce cartoon, les parents d'Hans, un bon point certain. Ils sont visiblement des victimes d'un régime qu'ils n'ont pas choisi: à méditer à une époque où les américains étaient prompts à diaboliser dans leur ensemble allemands et japonais, et faisaient si peu confiance à ceux vivants sur leur territoire qu'ils connurent les camps d'internement.



Américano-japonais en attente de transition


Si les livres brûlés sont  un détail exact, et tristement célèbre, par contre les vitraux cassés et les églises taguées en auront sûrement surpris plus d'un, là où on s'attendrait plus à des exactions contre des synagogues. Rappelons qu'en 1943 la Solution Finale est inconnue du grand public. N'ayant pas lu l'ouvrage d'origine, j'ignore s'il mentionne des agressions contre des lieux saints, et lesquels.  Mais le choix de ne représenter que des églises s'explique par le fait que la majorité des américains étaient des chrétiens et ce détail, qui sert aussi à démontrer que les nazis ne respectaient vraiment rien ,  servait avant tout à les choquer.

D'ailleurs le christianisme était effectivement rarement bien vu par les nazis, qui le percevaient comme un opium du peuple, et une forme de résistance interne.  Le mouvement de résistance allemand de la Rose Blanche était  formé de chrétiens fervents, tandis que le Vatican sera bombardé après que le pape aie accordé asile à des juifs de Rome.



Le cartoon a probablement l'une des fins les plus choquantes avec non seulement un champ de croix, mais juste auparavant les soldats  nazis représentés avec des œillères, des muselières et des chaînes pour expliquer à quel point leur esprit a été conditionné. Bien sûr comme dit plus tôt aucun allemand conditionné ainsi n'a atteint l'âge de combattre. Mais ailleurs, et aujourd'hui encore, moins sûr...






Un nouvel esprit (1942)






Il s'agit d'un des cartoons avec Donald. Pourquoi Donald? Parce qu'il pouvait s'énerver! Mickey, même face à la guerre, devait rester le gars gentil.

Donald s'entend dire par sa radio, (peu de télés alors!) que s'il veut aider son pays il doit payer ses impôts (le système d'achat de bons était aussi répandu). La guerre avait augmenté ces derniers, et trouvé aussi de nouveaux imposables  (gagnant moins de 3000 $ par an).



 Des milliers d’américains devaient remplir une déclaration pour la première fois et ignoraient comment s'y prendre, le cartoon devait les y aider! En effet, c'était alors un moyen simple de toucher un maximum de monde.



Donald étant concerné, il utilise un formulaire simplifié où l'on apprend qu'il est célibataire avec Riri, Fifi, et Loulou à charge et qu'il est acteur (bris du quatrième mur? Comme quoi l'acteur animé de Roger Rabbit c'était vrai!).

Ledit formulaire rappelle beaucoup les modernes, effectivement simplifié. Jadis, on devait s'y arracher les cheveux, témoin Donald qui part d'abord chercher un livre de lois, de maths, une calculette, de l'aspirine, etc.



Puis il court poster son chèque et il est expliqué comment cet argent va servir à faire tourner les usines d'armement....Toutes seules? Le processus est montré curieusement sans ouvrier...Et les bateaux et avions américains qu'on voit détruire les équivalents allemands ou japonais  semblent dans tous les cas se mouvoir seuls (les derniers arborant parfois un visage menaçant).



 Parce que des enfants regardaient, donc pas de pilotes qu'on voit mourir dans d'atroces souffrances? Reste que ce déchaînement de feu pourrait choquer les plus pacifistes d'entre nous. Et bien sûr c'est la surenchère au drapeau américain (dans le regard de Donald, dans le ciel à la fin...)



 mais là encore c'était le cas dans tous les médias. Vous êtes -vous déjà demandés pourquoi Wonder Woman et le Captain America étaient vêtus de la sorte? (et pourquoi le second existait?) Ah oui c'est vrai: créés en 1941.






L'esprit de 43





Réalisé la même année, ce cartoon de Donald aborde le même thème: les impôts. Le jour de paie, Donald est tiraillé entre deux personnalités: l'économe et le dépensier. Le premier, qui ressemble à vieil écossais (le cliché de l'avare, vous savez?) lui conseille de faire des économies en vue des impôts pour la guerre , et le second de prendre du bon temps.



 Il ressemble à un zazou, ou en anglais zoot , un mouvement de mode chez les jeunes de l'époque .




 Il s'agissait de porter des semelles épaisses et des longues vestes en temps de restriction (pure provocation bien sûr, tout comme le port d'étoiles jaunes marquées goy ou jazz, leur musique de prédilection).




 Ajoutez-y un chapeau et vous reconnaîtrez le look de The Mask ou des corbeaux dans Dumbo.





Donald hésite entre leurs suggestions jusqu'à ce qu'il remarque la porte en forme de croix gammée du bar où veut le traîner le zazou. Lequel a subitement de façon peu subtile tout un assortiment d'accessoires affectant cette forme....



Tandis que l'écossais se trouve en face d'un mur de briques avec les étoiles avec lesquelles il vient de voir trente-six chandelles...



Bref, l'un a un comportement patriotique et l'autre pas, Donald se range à l'avis de l'écossais et va payer ses impôts, tandis que la fin du cartoon est identique à celle du précédent.

Mais, s'ils se ressemblent, pourquoi en parler ?

C'est simple, il est capital pour les fans de la famille "Duck": le papy écossais y est le tout premier prototype de l'Oncle Picsou en personne! (apparu en 1947) Son physique est calqué sur le premier, et il est d'ailleurs écossais comme l'indique son nom en VO (Scrooge Mac Duck).


Der Fuher 's face (1943)




Donald incarne un travailleur dans l'Allemagne nazie, quand il est réveillé par une fanfare de nazis et doit ensuite subir les restrictions alors en vigueur en Europe...plus exactement dans les pays occupés, ou quand vous étiez prisonnier ou travailleur volontaire (ce qui semble être le cas, expliquant notamment le port de l'uniforme et son mode de vie).



 En conséquence il mâche du pain dur façon planche et boit un café infusé d'un unique grain avant de travailler à faire des obus à la chaîne.



 Tout en devant s'interrompre régulièrement pour saluer un portrait d'Hitler de façon très cartoonesque (c'est l'un des rares  dessin animés d'alors créés dans un but de divertissement plus que d'information) . On y apprend aussi que les vacances, pour ces travailleurs, consistent à se tenir devant un panneau où est peint un paysage de campagne pendant trente secondes.



La cadence infernale reprend, Donald pète les plombs et hallucine, dans une séquence surréaliste à rendre jalouse la chanson La parade des éléphants roses dans Dumbo.



Donald se réveille (c'était un cauchemar!)  et lève la main devant l'ombre d'un bras tendu avant de réaliser que c'est une statuette de la Liberté qui projette son ombre, qu'il est en Amérique, et que sa chambre est tapissée des drapeaux de rigueur à l'époque.



Le cartoon devait s’appeler Donald in Nutziland, mais la chanson Der Fuher 's face, très moqueuse envers les nazis,  sera un tel tube qu'elle le rebaptisera.


C'est l'un des cartoons les moins montrés aujourd'hui: voir Donald en uniforme nazi ou faisant le salut hitlérien , hors contexte, pourrait être très mal interprété.

Cauchemar....second degré...caricature...Avec Internet, tout peut être mal interprété maintenant....



Raison et Émotion (1943)





Ce cartoon se divise en deux parties: montrer comment la raison et l'émotion se partagent notre contrôle, puis comment le peuple allemand s'est laissé entraîner par ses émotions, et  les américains doivent garder les leurs sous contrôle.

On entre dans la tête d'un jeune enfant dans laquelle ne se trouve qu’Émotion qui ressemble à un petit homme des cavernes et se comporte comme tel. Mais le bambin voit un jour apparaître aussi dans son esprit Raison, qui a l'allure d'un premier de la classe à lunettes.



 Le garçon grandit, et adulte, l'intérieur de la tête  ressemble à un cockpit de voiture: Raison tient le volant (c'est usuellement le cas) et Émotion est sur le siège arrière.


 Toutefois leur propriétaire croise une belle femme ce qui fait bondir Émotion sur le volant qu'il arrache à Raison et fait siffler l'homme.



En réponse légitime, la jeune femme le gifle, et on voit l'intérieur de sa tête où seuls les sexes changent, mais selon le même principe, c'est un cockpit occupé par un duo binoclarde en tailleur et femme des cavernes.



Selon le même canevas que précédemment, Émotion prend de force le volant à Raison pour pousser leur propriétaire à oublier son régime et entrer dans un dinner où sa commande fait des ravages sur sa ligne, (En un seul repas? Ça m'a toujours étonnée  quand même...)




 comme le constate Raison horrifiée par l'augmentation d'un tableau de poids visible à l'intérieur de la tête.



On en  arrive à Mr. John Doakes qui écoute beaucoup trop les rumeurs,  semble-t-il, et n'est plus très sûr si l'Amérique va perdre ou gagner la guerre. Il se souvient de rumeurs promptement ridiculisées (car l'interlocuteur se transforme en marionnette de ventriloque, perroquet ou âne avant de finir de parler).





 Son Émotion panique et tente de tuer la Raison, ce à quoi le narrateur  dit que ça fera le jeu d'Hitler. En Allemagne,  dans la tête du soldat nazi lambda, Raison est ligoté dans un mini camp d'internement tandis que seul Émotion a voix au chapitre. Hitler use pour le manipuler de peur, sympathie, fierté et haine dans ses discours.



Le cartoon finit sur la Raison et l’Émotion copilotes d'un soldat américain dans son avion de chasse.



Quelques bémols: d'abord, l'une des rumeurs qu'on entend en intégralité est une vieille femme qui affirme que toute la nourriture des américains sera envoyée en Europe et qu'ils mourront de faim.


Or ce n'est pas qu'une rumeur si on se souvient évidemment des denrées européennes envoyées en Allemagne, dans les pays occupés où l'on connaissait bien la disette. Mais avant le Débarquement, difficile de se rendre compte sur place, et je rappelle que les sources d'informations étaient limitées (radio, journaux).  Pas comme à l’heure d'internet où on suit un conflit en temps réel.




Donc, les américains qui ne souffraient pas de restrictions (il suffit de voir la scène de dinner) devaient trouver les tickets de rationnement peu crédibles...A leur crédit, les rumeurs abracadabrantesques étaient réellement légion ce qui les faisait toutes considérer comme peu sûres...Et hélas, voilà pourquoi nul n'imaginait alors les camps de la mort possibles.

En outre, la raison et l'émotion qui s'excluent mutuellement est une fausse dichotomie répandue. En réalité, l'émotion aussi (quand il s'agit de compassion par exemple)  peut pousser à prendre de bonnes décisions, et la raison se construit aussi sur les émotions. L'émotion incontrôlée vous vaut toujours des ennuis? C'est selon: bien souvent les choses ont changé positivement grâce à des gens guidés par une juste colère ou par leur empathie.

Les émotions sur lesquelles jouait Hitler avaient surtout servi (1933) à son ascension (la sympathie, fierté et haine de l'autre notamment) mais pas que, car aidé par des circonstances comme le "diktat"  de Versailles ou la crise économique.

 A l'époque du cartoon (1943) la peur de la Gestapo devait encore jouer chez les Allemands et les peuples occupés, mais aussi l'opportunisme! En effet les gens qui suivaient les ordres des régimes fascistes étaient bien souvent des  profiteurs de guerre.

Je me souvenais de ce cartoon comme étant doublé en français (l'un des rares), et amputé de ses allusions à la seconde guerre mondiale dans le programme L'homme est son pire ennemi , présenté par Donald Dingue (Ludwig Von Drake) en 1962 et rediffusé dans l'une des multiples émissions Disney qu'on trouvait sur TF1.


Il y avait quelques cartoons comme Un accident est si vite arrivé (de la prévention: on y voyait des conseils comme ne pas oublier de débrancher les prises)



 ou Raison et Émotion, je me suis souvenue longtemps de ce drôle de cartoon où des petits bonhommes conduisaient les gens, mais j'avais oublié que c'était du Disney.

Ce fut la surprise quand l'ayant retrouvé en VO, je compris que c'était un dessin  animé de propagande! Hélas, je n'ai jamais retrouvé  L'homme est son pire ennemi , et de fait, outre la version française perdue de Raison et Émotion je suis incapable de me souvenir si le Petit Poulet y avait été diffusé cette fois là, faisant lui aussi parti du programme. Qu'est ce que le Petit Poulet ? Analyse suivante.


Le Petit Poulet (1943)






Le nom vous dit peut-être quelque chose? En 2005, Disney sortait Chicken Little, un de leurs long métrages le plus oubliable, mais adapté de la même histoire (parfois appelée Le Ciel s'écroule) que le présent cartoon.




Dans celle-ci, Chicken Little est une gentille poussinette (femelle à l'origine) appelée Henny Penny qui reçoit un gland sur la tête et croit que le ciel s'écroule. Elle va prévenir le roi, entraînant d'autres animaux dans sa quête. Un renard du nom de Foxy Loxy leur propose l'asile dans son terrier. Dans certaines versions ils acceptent et se font dévorer, dans d'autres ils refusent et parviennent chez le roi. Moralité : ne pas céder à la panique de masse.



Dans le cartoon comme dans le long-métrage, le personnage central devient masculin (même si en 2005 il avait été envisagé d'en faire une petite fille) et l'histoire change quelque peu.

Dans le court-métrage, Foxy Loxy intrigue pour dévorer toute la basse-cour, et au début il était censé chercher l'inspiration dans Mein Kampf. Idée abandonnée car peu subtile (aucun américain sensé ne se serait laissé convaincre par l'ouvrage, évidemment!), le renard lit donc un précis de psychologie à la place. Non que la psychologie ce soit mal, (sauf pour les scientologues?)  mais on peut toujours être inconsciemment influencé: une bonne chose à savoir.

L'idée de la guerre passe donc au second plan ici: pas de nazis, pas d'évocation des combats et des armes. Le lien avec la propagande, vient de ce que comme dans Raison et Émotion,  les américains de l’époque pouvaient facilement se laisser aller à l'hystérie de masse qu'il s'agissait d'identifier.


Le poulailler est entouré d'une palissade solide et le fermier tirerait à toute intrusion. Foxy Loxy préfère donc faire sortir les occupants (ils forment un microcosme très humain: les canards évoquent des irlandais soûlards, les dindons des notables, les jeunes poulets, les "jitterbirds", sont une allusion à une danse d'alors, le jitterbug).



Foxy s'attaque à un "gentil imbécile", le jeune Chicken Little, et  lui dit un mensonge  "Plus c'est gros, plus ça passe", comme disait déjà Gobbels. Mais que Chicken Little reçoive sur la tête un bout de palissade qu'il prend pour un morceau de ciel, ce n'est pas suffisant pour le coq chef de basse-cour Cocky Locky qui identifie aisément un bout de bois.



Foxy Loxy entreprend donc de le décrédibiliser: il parle à travers la palissade aux différents groupes (et si Cocky Locky se trompait? A-t-il toute sa tête? Le poulailler ne peut il pas juger de lui- même si le ciel tombe?) et ces rumeurs se répandent comme un feu de paille.



En outre, Foxy use de flatterie pour que Chicken Little se déclare nouveau chef. Lui et Cocky Locky se disputent, mais, quand ce dernier demande: "Et pourquoi le ciel ne m'est -il pas déjà tombé sur la tête?" Foxy Loxy qui n'attendait que ça lui jette un morceau de palissade.

C'est l'affolement, tout le monde se réfugie dans la grotte de Foxy Loxy, et à l'étonnement du narrateur il dévore toute la basse-cour.




"Ce n'est pas comme cela que se termine mon livre" dit-il. "Et bien ne crois pas tout ce que tu lis" conclut Foxy Loxy.

Conseil aux spectateurs: cela s'appliquait aussi à la presse...