mardi 26 juin 2018

The end: Les guignols de l'info



Nouveau concept: je parle de choses (surtout des émissions, mais pas que) qui me manquent parce qu'elles n'existent plus. Ça commence plus tôt que prévu, vu l'actualité.








Stop, arrêtez tout. Stoppez les rotatives: je mets certaines choses en arrêt, le temps de parler de ceci: la fin définitive des Guignols de l'info.

Et alors, direz-vous. En 2015, après un premier arrêt considéré, la réaction de tout le monde, spectateurs comme pros, c'était ça:



Vraiment tout le monde, à ma grande surprise. Limite "Bon débarras", surprenant vu leur popularité fut un temps. Il y eut bien des gens, en 2015, pour proposer de racheter l'émission, mais pour des raisons de droits: impossible de la ressusciter sous la forme qu'on a connue.



Et là, c'est pareil, OSEF... évidemment personne ne regrette la dernière version, moi comprise. Mais tout avait été fait pour en dégoûter, il est vrai. Plus de politique, de PPD,  Kim Kardashian, Justin Bieber, exclusivement des chansons, de qui se moque-t-on?



La dernière fois que j'ai regardé c'était après la mort de Johnny Halliday. Celui qui fut quand même un de leurs tout premiers gimmicks. Oui, il y a un hommage, encore une chanson , mais bien trouvée pour une fois, une reprise de Quelque chose en nous de Tennessee. Rebaptisée  Quelque chose en nous d' A que Johnny, finie sur Johnny qui salue et part vers la lumière, rideau, c'est parfait.





 Je préfère garder cette dernière image que le dernier vrai sketch avec Anne-Sophie Lapix...qui c'est? Bon, Je suis venu te dire que je m'en vais...Pas mauvais finalement.





Je n'avais rien contre les chansons, il y  en avait des excellentes (We fuck the world, Poire et cahuète, la combine à Nanard...) .




 



 Mais il aurait fallu continuer d'alterner avec des sketchs. En fait, c'est vrai, toute la dernière formule était consternante. Leur faire prendre un ton policé, les censurer, les réduire au silence, leur interdire de parler politique...on pouvait pas faire plus grand affront à la liberté de parole des Guignols, ni les tuer de pire façon.


Pourtant, l’acquisition par Vivendi ça n'avait rien changé à l'émission, à l'époque, où on pouvait traiter Jean-Marie Messier de "gros c*l" sans problème.





La fin de Nulle part ailleurs, n'avait rien changé non plus. Une fois, (en 1999), ils ont même fait le coup du suicide en direct, je ne sais même plus pourquoi (ayant pris l'émission en question en route). Conclu  par ce commentaire lapidaire de Nagui: "Les guignols, n'oubliez pas, ce sont que des marionnettes qui disent  des conneries, l'info c'est en fait à telle heure avec Machin". Sauf que dès le lundi suivant, soulagement, les revoilà, Nagui partait l'année d'après, et Nulle part ailleurs s'arrêtait avant eux. Alors, pourquoi? Comment une World company, une vraie, à réussi à les changer en cette version aseptisée, puis à les faire arrêter?  Comme dans ce sketch,  rêve de Guillaume Durand, et qui à l'époque était pour rire?




Alors ça, oui, je suis contente que ce  soit terminé. En fait, je ne regardais plus dès avant 2015, juste, comme ça...j'avais senti un changement de ton. Pour certains, c'était nul dès 1996, d'autres à partir de 2007. Mais j'étais encore bonne cliente, de mon côté, au milieu des années 2000. C'est à partir du milieu des années 2010 que mon attention a fléchi, je ne sais pas pourquoi (Bon David Guetta, ça faisait déjà trop show-biz et je ne riais pas, entre autres).



Alors oui, je ne regretterais pas plus la dernière version, que tout le monde. Mais les années dynamiques, oui, même si j'ai l'impression d'être la seule. Rien qu'en  raison des crises de fou rire que pouvaient provoquer le simple fait de réciter des sketchs, parfois. Songez que j'ai toujours connu une émission satirique avec marionnettes, puisqu'avant eux, je regardais le Bébête show.




On me dira, sans doute "30 ans c'est pas mal pour une émission". C'est vrai, mais certaines on duré encore plus longtemps, comme Les Simpsons qui continueront. Les guignols c'était un peu nos Simpsons, d'ailleurs.



Oui je sais: une fiction qui parle d'une famille versus un journal qui parle de vrais gens, à première vue, rien à voir. Mais ils ont débuté la même année, ont connu un triomphe, créé des tas de memes, ont contribué à définir les années 1990, se sont vu accuser d'être de moins en moins drôles, et pour finir, oui, ils se moquaient des puissants, via des caricatures, et des problèmes du monde occidental. Sur ces points, pour moi, ils se ressemblaient.




Et fait une prédiction présidentielle exacte hélas. Non, pas lui-l'autre.

C'était unique au monde, un tel traitement quotidien de la politique pendant si longtemps, et sans que personne de haut placé n'intervienne, comme avait dit Pierre Lescure (patron de Canal de 1994 à 2002) sur le DVD des 10 ans.



Alors, magnéto Serge: mon histoire avec l'émission, et son histoire.

Petite mise en contexte: depuis toujours, existe une nécessité, pour les artistes, de se moquer des puissants. Aujourd'hui, le rire est plutôt une arme des forts contre les faibles , mais Diogène, célèbre cynique, l'utilisait  quatre siècles avant Jésus-Christ déjà. Diogène qui pour rappel était un clochard habitant dans un tonneau, donc un faible, techniquement. Ça ne l’empêchera pas d'oser sortir à Alexandre le grand, lui demandant ce qu'il souhaitait: " Ôte-toi de mon soleil".



Les guêpes d’Aristophane, Tartuffe de Molière, le Rire, Le canard enchaîné, Charlie hebdo, Coluche et le Bébête Show: la tradition a en quelque sorte toujours existé, surtout en France en fait.




Et Canal plus alors? Croyez-le ou non, cette chaîne, qui était privée, vivant des abonnements et sans comptes à rendre au gouvernement, fut un temps la chaîne de l'impertinence par excellence, ce qu'on appelait alors "l'esprit Canal." Je sais, rien à voir avec maintenant mais il peut être bon de le rappeler pour les plus jeunes parmi vous.



L'émission Nulle part ailleurs (1987-2001), moi je ne l'avais jamais vue, (je ne regardais que la chronique de Philippe Vandel qui était juste après Les Guignols, à propos d'actualité insolite).




Mais, outre de la musique et des infos,  il y avait eu des bons numéros de comiques, le duo de Caunes -Garcia, Didier l'embrouille (toujours de Caunes), et le journal des Nuls.




 Autrement dit une parodie de journal télévisé. C'est là entre autres que naîtra le concept de "Régis est un c*n".



Mais Les Nuls stoppent leur chronique seulement un an après. Alain de Greef, directeur des programmes, décide de la remplacer et a une idée. D'abord, il s'inspire du Bébête Show (1982-1995)  de TF1, qui était déjà une parodie du Muppet Show de Jim Henson.



A l'époque,  on avait eu l'idée de fusionner les membres du gouvernement (Mitterrand, Chirac, Marchais, etc), avec Kermit, Sam, Miss Piggy...sous forme de marionnettes.

Ils tapaient la discute avec Jean Roucas, faisant d'abord des jeux de mots, puis commentant l'actualité. Plus tard, entre 1989 et 1995, ringardisés par Les Guignols, le Bébête show subira communément des attaques dans l'émission proprement dite. Comme quoi...



Et puis il y a eu Spitting image ("Portrait craché"). De 1984 à 1996, cette émission britannique sera la première à user de caricatures de latex censées représenter telles quelles les célébrités. Ces marionnettes, vous les avez vues sans doute dans le clip de Land of Confusion de Genesis, ou moins connu, dans la pub française de la carte Kiwi (Sncf).




Moi j'avais vu la pub à l'époque, et vous avez du être frappés par la même chose que moi: ces marionnettes étaient très moches! Beaucoup plus que ne le seront les Guignols. Même si au début certains designs étaient effrayants, comme Jacques Calvet et son grand nez crochu, ou le fait de figurer certains personnage avec un pied à la  place de la tête...



En mêlant les deux, on obtient Les arènes de l'info en 1988, plus tard, Les Guignols (à partir de 1989).



 Je n'ai pas vu à cette époque, mais trois ans plus tard. La cassette du best-of 1990-1991 (le premier) avait été offert à un membre de ma famille à Noël 1992.



Donc tous les enfants et ados se sont massés devant l'écran du salon pour la regarder. Moi, sur le même canapé, et comme d’habitude, j'essayais de lire, plutôt (les livres qu'on avait offert à d'autres en l'occurrence).  Mais les rires et l'agitation m'empêchaient de me concentrer, j'ai dû poser le bouquin et regarder l'écran. Et j'ai pensé: "Tiens, on dirait le Bébête show mais avec des vrais corps au lieu d'animaux. Dommage, les animaux c'est plus rigolo."

Oui, c'était tout l'effet que ça m'avait fait à ce moment-là...Même si j'entendais déjà souvent "Tout à fait Thierry!"  ou "Désolé..." sans savoir d'où ça venait. A l'école, j'ai quand remarqué un jour une photo, collée sur un classeur, des guignols de Thierry Roland et Jean-Michel Larqué avec une bulle "Tout à fait Thierry!"  . Et trouvé cette photo bien laide même si, en fait, ça l'était toujours moins que Spitting image.




La même année, d'autres camarades  pouvaient arriver avec les paroles de la chanson Appelez-moi Dieu (du Bébête show) scotchée sur le cahier.  Au début, qui on préférait entre Bébête show et Guignols, ce n'était pas évident...



Mais les seconds ont gagné; ils ont décollé en 1991, en raison de leur couverture de la guerre du Golfe. En fait, ils ont même influencé l'émission pour enfants Minikeums (1993-2002) lancée aussi à la grande époque sur France 3. Ce n'était déjà plus ma génération, mais j'ai pu constater l'impact sur la suivante.



 Et franchement, ces caricatures de célébrités, ces parodies...on peut parler de version pour enfants des Guignols. Là aussi, le retour en 2017, mais avec des célébrités "modernes" sera décevant pour les inconditionnels de la première version.



Il aura fallu attendre 1995, pour moi, pour que je regarde régulièrement. L’événement déclencheur sera l'élection présidentielle, la première dont je me souvienne. Après avoir vu aux infos que le vainqueur était Jacques Chirac, curiosité a pris ma famille de regarder ce qu'on en disait sur Canal plus après. Et ce fut une belle crise de fous rires pendant une heure; même si moi seule suis devenue une inconditionnelle de l'émission après.

Les Guignols - Présidentielles 1995 - 2ème Tour from PPD+ on Vimeo.


Pendant longtemps l'intégrale a été introuvable, et certaines séquences pas rediffusées depuis 20 ans. Comme la chanson d' Yves Duteil à la fin , ou ce sketch où Chirac fait venir un réparateur Darty pour vérifier sa télé , tellement il ne peut pas croire à sa victoire.  Et puis il y a les scènes qu'on connait, comme la vapeur qui sort des oreilles de Chirac  ou quand il commence à dire qu'il félicite Jospin pour sa victoire.  On lui rappelle qu'il a bien gagné,  et Jacques se change instantanément en président. Sans oublier le cri de joie:" J' ai n*qué C*uille molle!"

Aucune soirée électorale ne sera à la hauteur de celle-là hélas.  En 2002, vue l' atmosphère stressante de la présence de l' extrême droite au second tour, elle n' aura pas lieu au second tour justement.  Au premier,  il y avait eu le sketch de la remise de copies mais je ne l'avais pas vu, faute de savoir qu' il y avait une soirée au premier tour. A noter qu'ils chercheront à invalider l'élection en annonçant son résultat avant 20h (un quart d'heure avant) mais hélas le public croira à une blague, l'émission ne sera pas considérée comme assez sérieuse pour être invalidante.






 En 2007 j'ai vu les deux mais n' ai pas autant ri; même si l' idée de faire gagner la présidentielle en course à pied était originale. Je ne me rappelle pas des soirées de 2012, et en 2017, la politique c' était déjà tabou.


Les Guignols - Présidentielles 2007 - 2ème Tour from PPD+ on Vimeo.

Et donc j'ai regardé pendant presque 18 ans. Est- ce que tout était bien ? Bon c' est vrai, pas tout. Autant commencer par ça,  puisqu' il n'y a pas grand chose sur ce point.


Les célébrités prises pour têtes de turc sont évidemment celles qui se sont le plus plaint. Bien ou pas bien, je ne saurais pas le dire, faute d' avoir été à leur place.  Mais il faut avouer : certains le méritaient.  (Jean-Marie  Le Pen assommé par une batte  quand il voulait en placer une, au début ?  Jouissif. )



Les autres, c'est vrai, c'était juste (parfois)  parce qu'ils côtoyaient de près les auteurs. Laurent Baffie (dit "Affie", par le guignol d'Alain de Greef) co-présentait Nulle part ailleurs entre 1996 et 1997. Aux Guignols, il était souvent question du fait qu'il n'intervenait pas et avait des difficultés à trouver des blagues. Sauf sa phrase fétiche: "Demain, je ne peux pas, j'ai piscine".



Juste après la fin de l'émission, quand la caméra revenait sur le plateau de NPA, Baffie tirait souvent une tronche bizarre...Guillaume  Durand, présentateur l'année suivante, durera aussi un an et écrira un livre sur son expérience avec les Guignols, La peur bleue.



Dorothée prenait souvent cher dans les premières émissions, et c'est aux Guignols, mais aussi en grande partie à Antoine de Caunes et Laurent Baffie qu'elle devait la réputation de détester les enfants.


Faux bien sûr, et une fillette lui posant la question après un concert la blessera profondément. Sur un plateau de Thierry Ardisson, venant d'assister à un sketch de "Affie" roulant sur ce gag, Dorothée n'hésitera pas à renverser le contenu d'un seau à champagne sur la tête de Laurent.




Le Club Dorothée répondra parfois à ces attaques, par des sketchs (pas vus) , ou des chansons comme Ces gens là sont des... que je n'ai jamais entendue nulle part, quelqu'un connait? (à part l'extrait dans l'émission Génération Club Do.)

Mais j'ai eu l'occasion de voir passer la chanson Antoine Daicône, et surprise, le guignol de de Caunes faisait partie du clip! Bons joueurs, chez Canal, pour l'avoir prêté?



Bruno Masure écrira en 1993 le roman Leurre de vérité dans lequel un virus fait dire au gens la vérité sans détour - et suivre leurs impulsions. Ainsi dans un chapitre, une célébrité (Bernard Tapie, je crois) fait irruption sur le plateau de NPA et tire une balle qui finit à trois centimètres d'un technicien. Et dira regretter de "l'avoir raté". Qui, Philippe Gildas? Non, le doublon latex  de notre célébrité. Il avoue appartenir à une société secrète des "brimés par les guignols" qui comprenait aussi Poivre d'Arvor, Johnny Halliday et Alain Delon...



Les têtes de turc, toutefois, y gagneront parfois un regain de popularité. "J'peux pas j'ai piscine", est passé dans le langage courant comme les variantes "J'ai licorne" ou "j'ai aquaponey".



Mais j'avoue, quand un gag tournait autour du pape, je zappais toujours. J'avais compris que les auteurs étaient anticléricaux, mais  ça  n'a rien de drôle de voir moquer l'état de santé de Jean-Paul II. Triste aussi de voir que les trois religions du livre n'étaient rien d'autre que des "World company"  dirigées par des Mr Sylvestre -pourtant aucun argent n'est exigé des fidèles. Heureusement, l'abbé Pierre était là en tant qu'homme de Dieu ayant néanmoins la tête sur les épaules, la preuve qu'être croyant  ne rend pas toujours égoïste et cynique.


Dieu avait aussi son guignol, d'ailleurs, et curieusement pas si moqué ou maltraité que cela, par contre. Bon, juste un pinaillage: dans le sketch où Mahomet ne veut pas se montrer parce qu'il n' a pas de barbe (je doute que c'était le cas), on nous présente "Le Dieu des juifs et le Dieu des chrétiens" alors que c'est le même. Pour symboliser les deux religions, il eut mieux valu représenter Dieu et le Christ, bien que ce soit  le même aussi, en fait. Ah oui et Mahomet est un prophète, pas un dieu.



Si les auteurs ne furent pas tendres avec Benoît XVI, j'ai plutôt ri à ce sketch où (en 2003), George W. Bush prie en demandant à pouvoir capturer et éventrer Saddam Hussein, et rapporter à sa maman un collier fait des doigts des fils Hussein. Jean-Paul II surgit et l'éclate à coups de prises de judo! Même si, W étant protestant, ce n'était pas au pape (catholique)  à lui faire comprendre que ce n'est pas ainsi qu'on prie. Le sketch du pape François, pape "normal" opposé à François Hollande "président normal" était aussi effectivement drôle.



Un autre bouc émissaire sur lequel je ne comprenais pas l'acharnement, était Stéphane Bern, sans doute parce que j'aime bien la personnalité réelle (enfin surtout depuis qu'il présente des émissions historiques). A la rigueur, c'est drôle qu'il courre après un biscuit "prince de lu". Son attachement aux têtes couronnées, limite, pourquoi pas. Mais quand il s'est mis à faire des descriptions très glauques, brr! (fallait pas être à table). J'ai fini par être carrément mal à l'aise la fois où PPD lui a sorti, sans second degré aucun :"Je vous hais".  J'avais compris que c'était l'opinion des auteurs, mais ils l'expriment plus subtilement d’habitude, comme "Vous êtes fou!"  ou "Vous êtes odieux" adressé à Mr Sylvestre, mais pas grave puisqu'il est fictif, lui.



Barack Obama tel qu'il apparaissait passé la première année m'a laissée aussi perplexe. Il était d'abord un des seuls "sains d'esprit", ce sage occasionnel au milieu d'un maison de fous, comme le ranger dans Naheulbeuk ou Arthur dans Kaamelott. Pas le seul de l'émission, mais ça lui allait bien.



 Un dictateur le comparera même au "bon flic" lors d'un interrogatoire avec Nicolas Sarkozy, le mauvais flic. La vérité est qu'il y  avait assez peu de travers à brocarder et les auteurs semblaient globalement d'accord avec lui, témoin sa présentation que PPD visionne en croyant qu'il s'agit d'un beau film hollywoodien.

Tout juste y avait-il son idéalisme, qui faisait qu'au début Obama qualifiait tout le monde de "brother" ou se baladait avec Mickey. Pourquoi pas, tout comme son habitude de faire des tops 5, fallait bien un gimmick. Mais après W qui avait été une caricature sur pattes, moquer de bien pires  travers manquait apparemment aux auteurs. Et donc, Obama se mit soudain à parler comme une petite frappe de Harlem (qui finit toutes ses phrases par "mec") , parce que, ben ,sa principale caractéristique, c'est qu'il est afro-américain? Pas d'un bon goût terrible, comme stéréotype ethnique...



Enfin je n'ai jamais trop compris le problème avec les impôts? On aurait pu croire que des satiristes (c'est généralement le cas ) soient contre le fisc, mais là pas du tout. Florent Pagny, ou Jean-Pierre Pernault seront longtemps des têtes de turc pour avoir effectivement donné  à penser, dans la vraie vie, qu'ils trouvaient qu'ils payaient trop d'impôts. Oui, et? Je me suis demandé si les auteurs venaient d'une famille d'inspecteurs du trésor public, pour au moins l'un d'entre eux...



Mais même si leurs blagues ne nous faisaient pas toujours rire, nous avions besoin d'eux, n'est-ce pas? Guy Bedos admettait, en 2015, que les Guignols étaient indispensables même s'ils ne l'avaient pas toujours fait rire.

http://www.liberation.fr/video/2015/07/03/guy-bedos-s-emporte-au-sujet-de-la-disparition-des-guignols-de-l-info_1342730

Le guignol de Bedos, lui toujours, dira au lendemain du 11 septembre 2001 que "la mort de 7000 personnes et la guerre thermonucléaire qui s'ensuit, ça a du mal à m'arracher un sourire." Même s'il blaguera à ce propos. Mais ses "Je sais pas, je ne trouve rien de drôle à dire" au début de l'interview exprimait l'avis des auteurs. Le 11 au soir, je me suis demandé (ce n'est pas la première chose à laquelle j'ai pensé bien sûr, mais au bout d'un moment) comment ils allaient pouvoir plaisanter là dessus. Et bien! Il l'ont fait. Même si les auteurs ont admis qu'ils avaient parfois du mal à trouver à plaisanter sur les drames comme les guerres et les famines.



Nous avons tous, je pense, notre guignol, catch phrase ou sketch préféré: je recense ici les plus marquants.

Dans le cas des personnalités, certaines ne sont vraiment devenues populaires qu'après un développement de caractère conséquent. Lorsqu'une personnalité était encore mal connue, elle pouvait  exhiber des traits qui n'auront rien à voir avec la suite . Au début, François Fillon trouvait qu'il bossait avec un type formidable (Sarkozy), puis deviendra dépressif.


Et me croirez-vous si je dis qu'au début (1996), François Bayrou était un ministre de l'éducation nationale très sérieux? Il disait qu'il ne voulait traiter qu'avec des élèves qui prennent peinture sur soie et latin dès la sixième, tout en traitant les profs de feignasses qui n'ont que quatre lettres à apprendre aux gosses: "A,N,P,E". Puis, il ne deviendra un homme- enfant qu'à partir des présidentielles de 2002.




Personnalités


-PPDA





Pas Patrick Poivre d'Arvor (il n'y avait que Richard Virenque qui le disait), mais bien PPD ou PPDA. Les invités pouvaient l ' appeler différemment,  "D' Arvor", de la part de Chirac,  "Mon PPD" de Johnny Hallyday,   "Poivre de" venant de Stéphane  Bern, et PPD se désignait lui même comme "Poivre ". Mais PPDA était différent de la personnalité réelle, et quand un problème impliquait le vrai présentateur  (problèmes de cœur,  avec la justice,  avec les paparazzis. ..) le guignol agissait différemment.

Mais PPD , lui, était la voix des auteurs et le point de vue des spectateurs,  un de ces seuls "sains d'esprit ". Qui s' indignait devant les inégalités,  traitait de salaud ou d' ignoble qui l' avait mérité , et fera plus d' une fois des face palm devant les divagations de certains. Patrick Poivre d 'Arvor,  le vrai, aurait eu bien eu tort de se plaindre.  "Il a la tête sur les épaules " dira t- il de son guignol dans le DVD des 10 ans.



En fait,  ça expliquerait que "Poivre " se soit prêté au jeu pour les 20 ans du programme. Le vrai s' est retrouvé sur le plateau des guignols et à parler comme la marionnette  ( y compris "Vous regardez trop la télévision " , "sans transition " , " et " à tchao Bonsoir ".) Dans cette émission hilarante, de vraies célébrités sont venues sur le plateau, et se sont comportées comme leurs équivalents latex. Nelson Monfort continuait d'employer des mots d'anglais, Jean-Michel Larqué disait "Tout à fait, Thierry" et Marc- Olivier Fogiel commençait par dire qu'il était en fait gentil...mais Zaza (oui, la même hyène  que dans l'émission classique) n'était pas d'accord. Et MOF terminait en ayant finalement le même ricanement que sa marionnette.



Je ne peux qu'admirer le second degré de ces célébrités, et regrette que tous les enregistrements en aient disparu (si quelqu'un en a?). Souvenez-vous aussi de la glorieuse campagne d'affichage de ces 20 ans : de vraies photos de vraies célébrités (celles qui avaient refusé de venir ou de témoigner) , assorti d'une phrase de refus, mais formulée à la manière de leur guignol respectif...Encore une belle tranche de rigolade.



PPDA continuera sa carrière même après que le vrai aie été limogé de TF1. La disparition du guignol à la présentation sera un premier signe que "Ce n'est plus pareil".

-Chirac




La vrai a en quelque sorte eu la "chance" d'être suivi par l'émission tout au long de ses deux mandats.  Doit-il vraiment son élection à sa marionnette? Ça m'étonnerait, sur le plateau même des 20 ans  de l'émission, Chirac admettait que c'était surtout parce que "Jospin était nul".


 
Les Guignols De L'info - Jt spécial 20 ans (Inédit) from RM+ on Vimeo.



Et si réellement l'émission exerçait une telle influence, alors par la suite, epic fail. Car les auteurs étaient de gauche et le président suivant, Sarkozy, de droite. Les scénaristes auront testé ce soit disant pouvoir en laissant plus d' une fois à entendre qu'ils voulaient voir Jospin élu plus tard - le présentant comme ennuyeux (moins que Balladur quand même, il fallait raconter des blagues de Toto s'il intervenait),  mais compétant.  Il y eut même,  en 1997, ce sketch  de Chirac regrettant d'avoir dissolu l' assemblée nationale et inventant une machine à remonter le temps.  Mais il se trompe tout le temps de date, et se retrouve même en 2004, dans un bureau qui appartient alors à Jospin. ..Raté !



Il est sûrement vrai,  en revanche, que l' émission à contribué à nous rendre le grand Jacques,  le vrai, sympathique.  Il a toujours été là,  sans période d' obscurité ( le seul à part PPDA ). Que ce soit en tant que maire de Paris,  candidat,  président ou retraité cherchant à échapper a la justice. (Dans le DVD des 20 ans, PPDA disait que Chirac intervenait encore souvent car à cause de ses deux mandats "sa vision de la société est souvent pertinente").


Escroc  (ça ne nous a jamais été caché , rappelez-vous le clip Chirac en prison ), oui, mais spontané et donc gaffeur, énergique,  bon vivant. ..un vrai beauf entre sa manie de tâter les vaches,  porter des chaussettes dans des sandales,  être à poil au fort de Brégançon. L 'aura présidentielle en prenait un coup (les auteurs semblaient partager l' opinion selon laquelle le dernier de nos présidents grand homme était Mitterrand, si crapule qu il aie été ).



Mais on s' en sentait proche de façon indiscutable.  Même  en tant que "Supermenteur", ça  le servait. Menteur, oui, mais toujours présenté comme un héros, et donc de façon positive. Cette période était hilarante, rien qu'au fait que même PPDA était incapable de deviner l'identité de Supermenteur.





Du coup , le guignol de Chirac est à l' origine de pas mal de catch phrases. "Le monsieur te demande", "Mangez des pommes ",  "Pile-poil", "Putain, deux ans !", "Que ya?" (ou "Que c'est?"), "le mulot" en parlant de souris d' ordinateur,  c'est d' ailleurs entré dans le langage courant.



Tout comme "Chat-bi*e" et ses variantes, auquel on a tous joué en récréation. Ça lui arrivait aussi souvent de terminer ses phrases par "que j'ai  " . En appuyant le propos d' un clignement caractéristique des deux yeux,  propre à cette marionnette. Une sorte d'escroc superbe à la Tapie en moins vulgaire et moins cynique.




Concernant Bernadette, ou "Maman", au début quasi muette (je croyais qu’elle l’était, d'ailleurs), et planquée derrière le sac à main, elle évolua comme on le sait en riche vieille désagréable. J'ai trouvé quand même trouvé amusants les sketchs qui la représentaient en une sorte de docteur No, formant un S.P.E.C.T.R.E avec d'autres célébrités françaises.


 



 Jacques Chirac n'est même pas au courant, il ne porte   que le numéro 144 (puis 7533!) . Mais Bernadette, elle n'était que le numéro 2, le 1, c'était Ernest-Antoine Seillières, patron des patrons...(du Medef)

-Bernard Tapie






"Nanard"  était un homme d 'affaires très dynamique au début des années 1990, puis par la suite sera empêtré dans les "affaires", justement. Son guignol restera célèbre pour s'exprimer de façon très "verte"; même s'il est surtout emblématique des débuts du programme. Il restera le symbole du riche parvenu, qui s'expose de façon tapageuse puis fuit après s'en être mis plein les fouilles...enfin jusqu'à ce que la justice le rattrape. Le vrai Tapie décrira la prison comme une expérience plutôt positive mais Nanard n’appréciera pas de s'être retrouvé parmi les "voleurs de mobylette", lui qui avait eu des "costards  à trois patates". Alors  un riche tapageur oui, mais à cause de son franc-parler ( et sa Combine à Nanard), toujours plus sympathique que d'autres dans la même veine; Sarkozy, pour ne citer que lui...

-Mr Sylvestre





Cas particulier: c'était un personnage fictif, un de ceux créé pour l'émission. Enfin fictif jusqu'à un certain point, son prénom, son apparence, c'étaient ceux de Sylvester Stallone. Autrement dit, l'interprète de Rambo, le soldat américain massacreur d'ennemis  par excellence. Voilà comment fut créé le commandant américain Sylvestre en 1990, menant la guerre du golfe: inspiré de Rambo.



Une fois celle-ci finie, Commandant Sylvestre se recyclera dans les affaires...dans la société World company, où tous les employés sont des Sylvestres aussi. Ce qui ne les empêche pas, parfois, d'avoir des looks différents (comme des cheveux blonds) et de s’interpeller de noms anglo-saxons divers, comme Bob.



La World Company, ça rentrera dans le langage courant pour désigner les multinationales sans âme, en particulier américaines. Commandant Sylvestre (et autant de clones soldats) reprendra du service à chaque nouvelle guerre, comme celle en Irak de 2003, et des Sylvestres sont aussi les conseillers du président américain, à la tête des grands groupes pharmaceutiques, et les cardinaux, comme dit plus haut.



 Quand un Sylvestre débarquait sur le plateau, apostrophant PPDA de son "Beuar"! en guise de bonsoir, on sentait venir les horreurs à propos des "ch'tits n'ouvriers" ,et qu'un PPD indigné le traiterait invariablement de salaud sans que Sylvestre ne regrette rien.



(Sans parler de ses cours magistraux aux grands patrons...)


A noter que pour éviter la confusion avec Sylvester Stallone, l'acteur (ou un de ses personnages, comme Rambo), la voix adoptée était  plus grave et posée , mais identique (unique, il est vrai). Stallone qui bizarrement, dans les premières années, était présenté comme un imbécile. Pourtant le vrai a près de 200 de QI, comme quoi...



-Johnny Hallyday




Bon: le vrai n'aimait pas l’émission, ses proches non plus, et ses fans ont failli venir tout casser. Mais la marionnette de Johnny avait beau ne pas être très intelligente ("A que qui ça?" disait-il tout le temps), elle sera en fait très aimée en raison de sa drôlerie. Il lancera les premiers gimmicks, comme ses "A que" (repris jusque dans Bob l'éponge ou Danny fantôme) , ou les boîtes à coucou.


Les Guignols De L'info - La Boîte à Coucou (1990 & 2013) from RM+ on Vimeo.


Il fallait leur dire "A que coucou", un œuf sortait en faisant "coucou". Tout simple mais Johnny riait aux larmes à chaque fois. Le "A que coucou" (et ses variantes), on y a aura tous joué. Le vrai Johnny aura l'occasion de régler ses compte avec le guignol, au nez trop long à son avis, qu'il coupera sur le plateau de Nulle part ailleurs.



 Car il n'était pas rare qu'un invité de NPA soit figuré, et qu'on fasse allusion à lui ou elle, sur le plateau des Guignols. Quand Guillaume Durand était invité en vue d'être le présentateur l'an prochain, Johnny intervient sur le plateau des Guignols. " A que où il est Guillaume Durand?"  (Bref mouvement de caméra vers le vrai, ce qui était rare). "A que Guillaume c'est un ami à Johnny (c'était le cas dans la vraie vie), le premier qui touche aux cheveux mal peignés de sa tête, gare à lui!"



Pas sûr que l’hommage lui aie plu , mais d'autre si, comme Arlette Laguillier. Son guignol commentera : "La climatisation est forte ici, je vais m’enrhumer, non?". Retour sur le plateau de NPA, surprise (pour moi qui avait pris NPA en route) , la vraie Arlette était invitée, et commentera que c'était gentil de se préoccuper de sa santé.

-Nicolas Sarkozy






Lui aussi est passé par diverses phases. Me croirez-vous si je dis que je l'ai connu primitivement par Les guignols et ne l 'ai  vu en photo que bien après, découvrant  avec surprise que la caricature physique n'était pas si exagérée?


Ayant zappé sa trahison d'avec Balladur en 1995, je ne comprenais pas pourquoi, ensuite, Chirac passait son temps à le taper et le traiter de "petite crotte". Tout le monde le tapait, en fait, pendant que Sarkozy jouait les lèche-bottes de Chirac pour revenir dans ses bonnes grâces. A cette époque, c'était plus Philippe Séguin qui avait apparemment des ambitions présidentielles- et il aurait eu Sarkozy pour premier ministre (témoin ces sketches qui les parodiaient en Men in black ou sur le Titanic) .

Mais avec les années 2000, Nicolas est à la tête du parti, puis ministre de l'intérieur de Chirac. Changement de ton, avec la dérive populiste et les lavages de banlieues au karcher. Plus personne ne tape Sarkozy, mais à défaut il est plutôt agressif ("En taule les putes! Les roumains! La  racaille!") La ressemblance, physique comme morale avec la mascotte - "Pourquoi est- il si méchant?" -Orangina rouge est mise en exergue à ce moment-là.



Et puis l’élection de 2007 arrive, certaines promesses populistes sont certes tenues, (le ministère de l'immigration et de l'identité nationale...oui, dans le même intitulé...) mais surtout, entre les vulgarités ("Casse-toi, pauv' con!") et l'étalage effectivement indécent (souvenez-vous, une augmentation de 150% du salaire présidentiel en pleine crise financière), le style "bling-bling" va commencer.



"Vous avez vu ma rolex", l'omniprésence, tout ça, malgré qu'il y aie encore des blagues sur sa taille. Encore une caricature sur pattes, et les auteurs auront paraît-il, du mal à retrouver la même verve avec François Hollande. Le guignol de Chirac sera pour finir le seul qui osera faire ce à quoi nul ne s'est risqué dans la réalité: hurler "Casse-toi, pauv' con! " au passage de la voiture des Sarkozy quittant l'Elysée.



-Denis Chalandier et Michel Lecomte




Eux aussi sont des personnages fictifs, ce que je n'avais pas compris pendant très longtemps. Car oui, outre les vraies célébrités, ou les personnages inventés comme eux, les guignols allaient parfois jusqu’à s'offrir la présence de personnage fictifs: Ronald Mac Donald's (le plus souvent muet), Mickey, ou l'inspecteur Colombo, qui menait les enquêtes.

Dans les années 2000, le tandem émerge, travaillant pour Itelevison. Denis est le reporter débutant gentil et prévenant, parfois hésitant, et Michel le cameraman qu'on ne verra jamais, (sauf ses bras) mais qu'à défaut nous entendrons beaucoup, très cynique à l'instar d'un Bernard Tapie.  Bref ça contraste bien. "On vous entend, Michel!" devra souvent rappeler PPDA.




Pour notre plus grand plaisir, an fait. Au siège des verts avant les élections de 2002, il n'hésite pas à demander qu'on fasse tourner un joint (en plein débat sur la dépénalisation du cannabis). Denis, moins habitué, vomit. "Et une queue de renard!" sort Michel avant de "raccompagner le gamin". Ils en viendront aussi à devoir consoler des soldats français traumatisés par la guerre en Afghanistan, tandis que Michel n'hésitera pas  à prendre Pierre Lescure en otage pour qu'il ne quitte pas la chaîne en 2002.


Denis Chalandier avait pour particularité d'être doublé par Luq Hamet, soi-même. Autrement dit le présentateur d'Hanna-Barbera dingue dong, et la voix française de Ranma 1/2, Roger Rabbit, Milo Tatch et Marty Mc Fly! Denis sera choisi pour interviewer la rédaction des Guignols sur le DVD des 20 ans de l'émission, et nous apparaît d'abord, réel, dans les locaux de Canal +.

 


 Comment  ont -ils fait? Et bien il est figuré par Luq, tout simplement (il y  avait une grande ressemblance). Ensuite, il se transforme en marionnette une fois passée la porte de la fameuse rédaction. Il est vrai qu'on évitait toujours de faire cohabiter les marionnettes et les humains, excepté les confrontations en plateau comme avec Johnny et Stallone.

Ce tandem est à l'origine de quelques uns des sketchs les plus drôles (Moktar est libre, ou celui du ministre irakien) , sur lesquels je reviendrais.

-Oussama Ben Laden






Alors comment dire...Ce fut un guignol populaire, même pour ceux qui haïssaient l'original. D'ailleurs qui ne hait pas l'original, responsable en grande partie du marasme dans lequel l'occident est encore plongé aujourd'hui, en dépit de sa disparition? Autant dire que le représenter était un exercice risqué, à un moment où il terrifiait tout le monde. Les auteurs prendront le parti connu sous le nom d'"Adolf Hitlarious" pendant la seconde guerre mondiale, ou comment rire d'une menace. Ça consistait à ridiculiser le dictateur allemand dans les films et cartoons américains pour le dédramatiser auprès de l'audience (certains, comme Charlie Chaplin, le regretteront après avoir su la vraie étendue de ses exactions).



Les auteurs des Guignols ne prendront pas le parti du ridicule, eux, parce que l'ennemi de Ben Laden, George W.Bush, l'imbécile, l'était déjà  (et ses messieurs Sylvestres odieux, donc). On partira donc dans le méchant de comics book, supervillain méta "parce que"(et ayant même un bras droit en Mollah Omar) . C'est similaire à la popularité du Joker et d'Harley Quinn, même si on n'aimerait pas tomber, pourtant, entre les griffes de tarés pareils dans la vraie vie.



Le 12 septembre 2001, à sa première intervention (dans l'urgence: il s'agissait d'un guignol de Joey Starr relooké avec une barbe), Ben Laden faisait quand même bien plus peur qu'il ne le fera par la suite, s'exprimant d'un ton plutôt glacial.




Mais à mesure qu'on constatera que pas d'autre attentat qui lui soit dû n'avait lieu (faudra attendre les années 2010 pour ça) et que W  n'arrivait pas à le coincer (running gag), qu'Oussama, ainsi que PPD avait fini par l’appeler familièrement, prendra l’habitude de se marrer comme un bossu, avec Omar, à chaque fin de phrase. Tel le supervillain attendant que le scénario le remette  au devant de la scène, il expliquait tranquillement comment il prenait du bon temps à Paris ou Courchevel (je doute que le vrai se le soit permis, du fin fond d'Abbottabad)! Il y  avait un côté de dédramatisation certain, à l'entendre parler avec un accent arabe d'opérette, utiliser des expressions typiques comme "glaouis", traiter les gens de "bourricots", et répondre qu'il était dans le placard (voire pire) quand on souhaitait savoir où il était. Le tout ponctué du fameux rire communicatif, rien à voir avec un ricanement diabolique.

 A la même époque, W, le va-t-en guerre crétin, était profondément antipathique, alors il fallait bien un adversaire à sa hauteur pour lui en remonter...et avec qui on riait de W.

Les auteurs ont quand même déchanté quand son expression "ispice di counasse" s'est répandue pour désigner toutes les femmes! Le guignol d'Oussama a donc arrêté de le dire, puisqu'il s'agissait de moquer la misogynie de l'intégrisme islamiste et non de la banaliser. PPDA rappelait aussi assez souvent qu'il était un monstre.



Les choses ne seront plus vraiment les mêmes après sa mort même si Mollah Omar qui courait toujours prendra le relais (le 11 septembre 2011, il dira n'avoir rien fait pour les 10 ans de l’événement puisqu'il avait bu comme un trou -même s'il n'a pas le droit- pour fêter la chose).




Le jour de ladite mort, ayant été abattu et non jugé et exécuté, Oussama se vantera d'être au paradis. Vrai: "JP", c'est à dire Jean -Paul II, est à ses côtés, et remercie pour sa béatification, la veille, qui lui permet d'être "à la table de Jésus à la cantine".  "On se prend la tête en bas", conclut Oussama, " mais il n'y a qu'un  paradis." Bref un sens de la dédramatisation qui manquait beaucoup après 2015 (l'attentat de Charlie Hebdo laissera sans voix, et en larmes, jusqu'au guignol de Guy Bedos, puis à partir du second trimestre l’émission avait déjà été censurée par Bolloré).


-George W. Bush




Passons à l'ennemi d'Oussama. Tous les présidents américains ont été sujets de caricature, sauf George Bush Sr parce que l'émission débutait, et Trump parce qu'au contraire elle finissait. Mais  Bill Clinton, lui était moqué au travers des scandales sexuels, Obama, comme vous le savez, ben...pour ses origines. Mais avec W, on tenait une mine d'or comique. Quand, juste après l’élection, Mr. Sylvestre dira que c'est un "c*n d’élevage" parce que son père était déjà "un grand c*n", je n'y croyais guère, me disant que les auteurs n'aimaient pas son père et c'est pourquoi ils affirmaient cela.




Mais en fait, non: comme vous le savez, le vrai président, bien que diplômé d'Oxford, sortait des "Bushismes" à laisser perplexe (comme "Ils ne nous ont pas assez sous- estimés"). Ou était étonnamment maladroit,  comme n'arrivant pas ouvrir une porte  à deux battants et s'étouffant avec des bretzels. Bien sûr, il  ne sera pas approprié du tout pour la période post 11 septembre, déclarant des guerres sans raisons et croyant aux fake news.



Dans les guignols, c'est expliqué par le fait que W aurait laissé son cerveau dans le casque qu'il portait pendant la guerre du Golfe. Et donc, W fait de la figuration alors que c'est les Sylvestres qui décident. Il a la trouille et se planque sous le comptoir le 12 septembre 2001 demandant si l'avion est parti ou s'il faut bombarder le Michigan. Ils ont raté Oussama Ben Laden parce que W a hurlé "Wazza!" au téléphone.



Dans le DVD des 20 ans, son père répondra "Mon plus gros souci? A part lui?..." et W lui demandera  pourquoi sa mère (puisque George .Sr et lui ont été présidents) n'a pas été présidente : "Elle n'était pas assez intelligente?"



Alors qu'il doit déménager de la maison blanche après 2008, un Sylvestre commente "Je suis toujours fasciné par sa c*nnerie, on n'en trouvera pas d'autre comme lui." Le deuxième répond: "Bob, ne sous-estime pas Sarah Palin!" Ou Trump. Snif.




-Farid et Jean-Luc



Appelés Farid et Djamel au début, où ils étaient joués  par des figurants beur et africain typiques (donc  un peu âgés pour le rôle) . Mais finalement Djamel, l'ado africain, se retrouvera avec une nouvelle marionnette et ce nom qui suggère qu'il est d'outre -mer plutôt qu'issu de l'immigration, comme Farid (lui aussi avec une nouvelle tête). Ces deux amis sont aux aussi fictifs, et censés représenter dans leur ensemble les jeunes, les banlieues, ou les jeunes de banlieues. Et étaient interviewés quand un problème concernait l'un des trois. On savait qu'ils étaient en fort retard scolaire, et avaient des sœurs dont ils avaient l'habitude de dire pis que pendre de celle de l'autre. Et en dépit dudit retard, analysaient la situation avec souvent plus d'intelligence que PPDA, pour une fois dépassé. Farid :" Je dois accepter un boulot à des kilomètres pour un salaire de misère et dont je n'ai pas l'habitude? C'est la même arnaque qu'on a proposée à mon père, quand il parti d'Algérie."  Ou bien quand il a demandé, pour s'intégrer, s'il devait prendre un porc pour animal de compagnie...








Les catch phrases


Elles revenaient souvent à une période précise, avant de disparaître. Certaines, je l'ai dit, sont entrées dans le langage courant.

-"Ici, à Nagano..." (Pierre Fulla, 1998)



Pendant les jeux olympiques d'hiver, à Nagano, la neige et le brouillard ont souvent masqué les épreuves. Du coup, Pierre Fulla, commentateur à France 3, sera caricaturé avec ce running gag. On se souvient tous de cette voix grinçante qui commençait ses phrases par "Ici, à Nagano..." et enchaînait en disant que, tout ça était, ma foi, d'un fort beau gabarit . Puis continuait  avec les diverses nationalités des athlètes, qu'ils étaient bijambistes avec moins de trois bras, tout en étant incapable d'expliquer pourquoi des vessies de porc  ou de la choucroute tombaient sur Nagano...et en faisaient des commentaires digne de Nelson Montfort sur les patineuses, ces vulgarités qui énervaient PPDA. "Plus jamais!" "Promis..."


-"À l’insu de mon plein gré !"  (Richard Virenque, années 90)



Et, "On m'aurait menti!". Richard Virenque, le vrai, était un cycliste pris dans  un scandale de dopage et s'est défendu en disant qu'il ignorait avoir été dopé. Comment quelqu'un ne peut pas savoir qu'il a eu des piqûres régulièrement?  En conséquence, Virenque sera dépeint comme un grand naïf, croyant à tout y compris au Père Noël. Puisqu'il affirmait qu'il avait pu être dopé à "l'insu de son plein gré".



-"Travailleurs, travailleuses, on vous ment, on vous spolie..." (Arlette Laguillier)



Ou "le grand Capital vous ment, vous spolie" . Le plus drôle est que la vraie Arlette commençait effectivement ses allocutions par "Travailleurs, travailleuses".
Donc les non- ouvriers avaient de quoi se sentir exclus, mais celle qui restera la première femme à s'être présentée aux présidentielles continuera ce discours pour six élections d'affilée. Pour les présidentielles de 1995, une séquence de la soirée spéciale des Guignols a montré Arlette place de la Bastille  appelant les travailleurs, travailleuses, à venir pour y débuter une révolution. Même si pour le moment Arlette était toute seule et qu'il fallait pas faire la révolution trop tard, elle se levait tôt le lendemain.

-"PAAAAAYYYYS DE MEEEEEEERDE !!!" (Lionel Jospin, années 2000 et 2010)




Lionel Jospin était passé par pas mal de phases. Un homme presque sain d'esprit qui aura une minute nécessaire conclue par "étonnant, non?" (emprunté à Pierre Desproges). Il dira qu'il fallait être chou ou mignon, qu'il n'y avait pas de méthode, qu'il avait le c*l  bordé de nouilles...Mais changement de ton après la défaite cuisante du vrai  en  2002: le guignol reflétera son amertume d'avoir été certes ennuyeux, mais compétant, honnête et raisonnable-mais perdant. Jospin va péter les plombs donc, et hurler ce cri du cœur à tout propos.

-"M'enfin c'est pas possible !" (L'abbé Pierre, années 2000)



Et "Tête de c*n"!  Longtemps l'abbé Pierre sera sans guignol puisqu'il était la personnalité préférée des français. J'étais donc surprise de le voir, mais il était quand même dépeint de façon positive et  on s'est vite habitués à son franc-parler. L'abbé aura tôt fait d'insulter, de menacer de coups de canne et donc de se dire que c'était pas possible chaque fois qu'il fallait défendre "les 'tits pauvres" et ça arrivait souvent ( Le véritable abbé était  paraît-il pourvu d'un fort caractère).

-"Ah bon ?!" (Roselyne Bachelot, années 2000)



Roselyne était ministre de l'écologie entre 2002 et 2004 et apparemment pas très bonne à ça (elle n'a notamment pas su résoudre les problèmes rencontrés durant la canicule de 2003). Elle répondait donc ce "Ah bon"? chaque fois qu'on lui rappelait son métier. En fait, Bachelot le disait souvent, étant dépeinte comme un personnage naïf.

-"Les 35 heures sont une aberration! " (Ernest- Antoine Seillière, années 90 )



A l'époque patron des patrons, Ernest sortait cette phrase pour faire savoir qu'il comptait bien continuer à faire suer le burnous pendant 39 heures. Il adoptera donc un parler et une mentalité moyenâgeuse à la Philippe de Villiers.  Le vrai Seillière dira d'ailleurs avoir été reconnu sur cette base, dans la file d'attente d'un fast-food: "C'est le baron qui dit que les 35 h sont une aberration!"
Ernest-Antoine était parfois tellement vintage, que Chirac pouvait parfois le voir comme  dans un film muet- en noir et blanc avec des cartons de dialogue. Ernest-Antoine terminait en en envoyant une tarte à la crème façon gag 1900. "Avec un tueur pareil, j'aimerais pas être Jospin" , concluait Chirac. Ou pas.

-"A fond, à fond, à fond..." (Jean Alesi, années 90)
"...Et pouf, graviers".

 

 Jean Alesi était un coureur automobiliste ayant coutume de finir dans les virages. Donc il était dépeint comme seulement capable de foncer tout droit, sans savoir freiner. Avouez: chaque fois que vous deviez faire quelque chose vite, ou partir sans retard, vous disiez vous aussi "A fond, à fond, à fond..."

-"Il parle pas français, le prince?" "Si, mais pas à toi."  (Leonardo et PPDA, années 2010)



Les auteurs étaient manifestement des fans  de foot. Moi non, et j'avais du mal à suivre les nombreuses fois où il en a été question.  Pourtant l'un des derniers gimmicks, sur le sujet,  était effectivement drôle. Le prince qatari Tamim ben Hamad Al Thani a acquis le PSG en 2012, donc chaque question à ce sujet lui était posée. A chaque fois l'émir murmurait à l'oreille de son traducteur, Leonardo, qui répondait en mauvais français: "La prince, elle dit que..." A quoi PPD répondait toujours: "Il parle pas français, le prince? ". "Si, mais pas à toi."







Et aussi "Affreux!" de Papin, " 'Bécile!" de Mitterrand, "Je peux dire une connerie?" de Fabien Barthez, et son habitude de jouer au "Jacques Santini" en raison du lent débit de ce dernier.  Certaines petites phrases, aussi,  n'ont été prononcées qu'une fois mais m'ont marquée.  A PPDA qui lui reprochait de toujours vouloir avoir raison : "Je ne dis pas que j'ai toujours raison, je constate que j'ai toujours raison" répondra Alain Juppé et c'était plutôt bien envoyé. Il y  avait aussi la "défaite, déroute, ou branlée?" à propos du PSG. C'était une courte brève parlant du loto sportif, quelle case aurait -il fallu cocher rapport à leur dernier match? C'est ça, branlée. Depuis j'ai parfois utilisé  "défaite, déroute, ou branlée?" , en particulier en parlant de résultats sportifs.











Les sketches



Souvent, ils s'inspiraient de films cultes, ou juste sortis à l'époque (sous  forme de bande-annonce bien souvent) ou de publicités, qui présentaient l'avantage de durer trois minutes, comme les sketches.

-Moktar est libre



Premier sketch avec Denis et Michel, donc. Juste après la victoire des américains en 2003 et leur entrée dans Kerbala, ils interviewent  un local, Moktar, pour savoir si la liberté est belle. Mauvaise pioche, il vient de perdre toute sa famille, sa maison est détruite et il n'y a rien à manger. Alors la liberté, pour lui, "c'est trop d'un coup. " Denis tente comme d'habitude de faire voir le bon côté des choses au pauvre homme, et Michel l'enfonce en utilisant la rhétorique de la propagande américaine, qui tombe  à plat bien sûr. Non, ça ne console pas Moktar de savoir qu'on va ouvrir un Mcdo, qu'il ne devrait pas être rancunier, que les maisons ça se reconstruit et que les enfants il pourra en faire d'autres. Et encore moins la démocratie à l'américaine, où c'est celui qui a perdu qui gagne. Tiens, ça n'a pas changé, ça...


-Le ministre irakien

Denis et Michel, encore, interviewant le ministre de l'information en Irak, persuadé, on ignore pourquoi, qu'ils peuvent encore gagner la guerre de 2003. Evidemment Michel pense que c'est un vrai petit comique et lui donne divers conseils pour se reconvertir en clown. Qu'importe: le ministre finit par foncer sur l'armée américaine façon Leeroy Jenkins. Sans même son couteau...Pour une fois, c'est Denis qui lance la chute vulgaire: "...Rien qu'avec sa b*te!"

-Sarkozy et l'Air force one

Nicolas Sarkozy était président pendant le premier mandat d'Obama, et ils n’avaient vraiment rien à voir à commencer par la popularité. Le guignol de Sarkozy le prenait assez mal, et un sketch le montre montant une hagiographie à son sujet, comme "premier président  métis" (car fils de hongroise)...Mais le sketch le plus parlant est celui d'Obama qui étrenne l'air force one, quand l'avion présidentiel français arrive à côté et Sarkozy appelle Obama sur son portable. Il expose par le menu comment il a tuné ledit avion façon Jacky, et comment il s'apprête à passer le week-end à Dubaï avec Carla.  Obama n'est guère impressionné puisqu'il commente "Il est bizarre, non?" Mais un Sylvestre est plutôt blasé, après huit ans avec W...

-Emir Kusturica et la fanfare





Il s'agit d'un running gag du festival de Cannes de 2005. Il y  en avait un chaque année au 21ème siècle (Laurent Weil, le spécialiste cinéma de Canal +,  n'interviewant que des personnages de dessins animés, ou les stars au bar du Martinez), mais celui-ci est incontestablement le plus drôle. En 2005, le réalisateur Emir Kusturica était président du jury, et il n'accorde jamais d'interview. Le pauvre Laurent Weil l'apprenait à ses dépends.

La première fois qu'il posait une question à Emir, une fanfare surgissait; la même que dans le film de Kusturica Chat noir, Chat blanc, et jouait la même chanson (Daddy did not die on a friday).  Vu le volume, Laurent n'entendait pas la réponse. Je ne sais pas si on rit la première fois car  on est aussi surpris que Weil. Mais ensuite...et bien il y a le look des musiciens (traditionnels), l'air très "pouêt-pouêt", et une présence incongrue d'animaux, dont des cochons et des poulets dont les plumes volent partout. En outre, Laurent Weil tentait d'éviter ladite fanfare en rencontrant Emir dans des endroits toujours plus improbables, y compris un cabinet médical et l'avion avec lequel, découragé, Weil décide de rentrer à Paris. En vain: les musiciens (et les cochons) jaillissaient de n'importe où, y compris de derrière un tableau ou sur les sièges d'une séance privée.

 

 A la fin, c'est l'anticipation de la fanfare qui faisait hurler de rire. Ça finira en apothéose avec un porc qui conduit l'avion...grandiose.

-La droite descendue

Après la dissolution de 1997, puis les législatives anticipées, la droite avait perdu beaucoup de sièges. Et pas que...PPDA recevait Alain Juppé pour en parler, mais il s'écroulait après une phrase et un tir au silencieux (au bruit caractéristique). A chaque fois, un nouvel homme de droite (et tireur présumé) apparaissait mais n'avait pas le temps de parler beaucoup avant d'être abattu similairement (Seguin, Balladur, Sarkozy, Léotard, Pasqua, Bayrou, Madelin, Barre, et Giscard d'Estaing, dans cet ordre). Léotard et Bayrou, ce n'était même pas trois mots (Bayrou recevant carrément un couteau dans le dos).  Sarkozy, le sournois,  parvenait  à esquiver trois tirs avant d'être fauché par une rafale de mitraillette. Quand Giscard arrivait, le temps était écoulé et il n'avait pas le temps de parler. Bref les Tontons flingueurs puissance mille. Le côté hilarant du sketch est qu'il est,  à ma connaissance, le seul à avoir débordé sur la fin. Après "la suite", PPD commence à parler foot, quand soudain, bruit de silencieux. "Bonsoir, Mme Veil!"

-Gangs of RPR





 Ce sketch est fait plus admirable que drôle, à proprement parler. Il parodiait la bande-annonce du film Gangs of New York, à propos des truands du XIXème siècle de la grosse pomme et leurs luttes pour le pouvoir. Ici, la bande à Chirac gagne sur celle de Balladur au début, mais comme Di Caprio dans le film d'origine, Sarkozy vient le venger. Des costumes et beaux décors XIXème, la même musique que le film, de la baston, le tout bien chorégraphié: du grand spectacle. Les réalisateurs en semblaient fiers car le making -of ce sketch se retrouvera sur le DVD best-of de 2002.

-Dechavannes, de Caunes, et le cochon

Pas un sketch, mais une interview assez ancienne (Cannes en 1995) . PPDA reçoit Christophe Dechavannes et Antoine de Caunes, pour parler de leurs départs d'émission respectifs. A la place, ils font la fête, avec un détonateur, une vache, deux pingouins et un cochon-ne cherchez pas. Le rythme est très soutenu et ne s'interrompt que lorsque le porc explose ; puis quand PPDA hurle au silence. Finalement, il demande comment ces présentateurs voient leur avenir? On ne sait pas , car ils tombent de fatigue.

-Qu'est ce qu'il fout là, lui?




C'est plutôt ancien aussi: Schwarzennegger  et Stallone se demandent ce que Raymond Barre fout là, et l'écrasent entre eux. Barre était d'ailleurs moins la vraie personnalité, qu'un gag sur pattes au début de l’émission. L'imaginer en jeans devenait un film d'épouvante, et une séance photo finissait sur la révélation comme quoi le photographe l'avait confondu avec un acteur porno. "Raymond Barre, Paris"...De l'humour absurde avant tout.

-Denisot 1-6





En 1997, il s'agissait d'une simple interview de Michel Denisot après un match de foot perdu par le PSG 1-6 (une branlée, donc). Ça commençait fort avec Denisot avec une serviette sur la tête (il avait honte), mais ensuite Luis Fernandez débarque, rit comme une baleine, et...disons que c'est communicatif. C'est vrai, comme dit Fernandez, c'était plutôt une corrida. Quand, vexé, Michel Denisot veut partir, PPDA doit le retenir :"Restez rigoler...heu, restez avec nous".

-Le skieur  à moins de trois bras







Il s'agit d'une interview de  Pierre Fulla, qui a promis avoir des images visibles. C'est vrai: on voit un acrobate skieur (figuré par un jouet monté sur ficelles). Donc la figurine tourne sur elle-même au son du laïus de Fulla: "Le bulgaro alémanique d'origine finlandaise, catégorie moins de trois bras..basculement abdominal inversé...équerre chaloupée...un café, l’addition..."

PPDA finissait par s'inquiéter de savoir quand l'athlète retombait. Fulla ne savait pas, et PPDA se réjouissait qu'il n'aie pas dit de vulgarités..."Ayé, il est retombé...sur les c*uilles..."

Fulla était si mémorable qu'il aura son interview dans le DVD des 20 ans, mais jusque là il n'était qu'une voix. Le plateau sera envahi de noir et de fumée, avec Pierre qui commente que le projecteur vient d'exploser, il était ma foi d'un fort beau gabarit, mais que pour retrouver la bonne ampoule, on peut se gratter. Et c'est pas encore cette année qu'on verra sa tronche.


-"Ya paaaaas de méthode!"




Ce fut un temps le leitmotiv de Jospin, qui se donnait un air détendu avec sa veste jetée sur l'épaule. Et avait encouragé les autres membres du PS à faire de même. Martine Aubry (appelée "Tinou") débarquait pendant une interview avec sa veste portée pareillement, disait comme Jospin de ne pas se prendre le chou...Ça faisait faux au possible. Et là, débarquement de Laurent Fabius (me semble t-il ) avec une veste à l'épaule..."Celle que tu portes, pas une autre, c'est ridicule!" précise Jospin. Seulement, impossible de l'enlever...Elle a été cousue. Fabius, c'était tout un concept, notamment quand, avachi sur le comptoir, il expliquait la distance entre Jospin et un grand événement: le plus loin possible.

"Y'a pas de méthode" sera utilisé parfois par d'autre personnages, comme ce CRS (avec la tête classique qu'avaient tous les vigiles) qui assomme un immigré en disant "Casse-toi!". Heureusement, poursuit PPDA , sous un gouvernement de gauche les méthodes des CRS devraient changer...Ironie, car le CRS, veste à l'épaule, répond: "Mais  ya paaaaas de méthode!" et assomme de nouveau un immigré: "Casse-toi , Mouloud!"

-Chirac combat Sylvestre


En 2003, les Etats-Unis voulaient faire la guerre en Irak. Mais Chirac était contre. Et un jour (en vrai), l’Europe sera qualifié par le gouvernement américain  de "Vieux monde"...Subséquemment, (c'est une interview) Chirac se prend de bec avec un Commandant Sylvestre:  "Le dernier qui m'a traité de vieux sèche sur un banc de moules à l'île de Ré" (Jospin, en l'occurrence). Il décide de régler ça sur le pré avec "Double Cheese", en n'utilisant que sa main gauche, la droite est une arme mortelle qu'il ne peut utiliser-tout un programme. Ils sortent du champ, des bruits de coups...et Oussama de débarquer. "Ne nous aidez  surtout pas!" proteste PPD. Sur ces entrefaites, voilà Saddam Hussein qui se demande si les américains vont l'attaquer. PPDA dit que c'est de sa faute...comme toujours, d'après Saddam. Oussama et lui parient façon combat de coqs (et Chirac met un million sur lui-même!). Yasser Arafat déboule à son tour, avec des cailloux (il tient avec depuis quarante ans). "Vas-y Jacquot, vas-y!" lancent-t-ils. Déjà hilarant, ça l'était plus encore quand Chirac est ensuite reçu en plateau, couvert de bleus.

 

-Pol Fiction


Pol Fiction #2 (1995) from Le Cinéma des Guignols on Vimeo.

Parodie du film Pulp fiction. Chirac et Seguin viennent jouer les tueurs à gages pour descendre tout le reste de la droite. Il y a une version scène et une version bande-annonce avec ses inoubliables "Crime...Trahison...Re-crime...Re-trahison..." qui caricaturait à peine l'ambiance pre élections de 1995.

"-'Cule un mouton"



Assez connu: il fait suite à un scandale véritable, survenu après un sketch de Michael Kael (dans l'émission de Canal + Groland) violant un mouton. Le CSA n'avait pas aimé, et à l'époque il était dirigé par l'assez rigide Hervé Bourges. On l'avait interviewé après un scandale (réel aussi) dans lequel un travesti avait exhibé son sexe pendant une séquence musicale de Nulle part Ailleurs.  Le guignol d'Hervé rageait d'avoir vu ça sur son 16/9ème tandis qu'Alain de Greef, directeur des programmes de Canal, minimisait  en assurant que c’était une "pt'ite stouquette". "Pas montrer stouquette!" dira-t-il souvent cette année là à chaque idée audacieuse. A contrario, Bourges arrivera tétanisé sur le plateau après visionné l'épisode de Pokémon qui avait provoqué des crises d'épilepsie au Japon. Devant son immobilisme, de Greef décidera d'en profiter...Mais là, reçu par le CSA au complet, il n'avait pas cette chance. Il doit expliquer, par le menu, en quoi " 'Cule un mouton" est drôle (pour être honnête ça m'amusait pas non plus, vu la cruauté envers un animal). Aujourd'hui, on repense à ce sketch chaque fois qu'il faut expliquer une blague à des gens qui n'ont pas notre humour...

-Seguin sado maso

Les dernières apparitions importantes de Philippe Séguin remontent aux élections de la mairie de Paris en 2001. Sa campagne était si mal menée que chez les Guignols on pensait qu'il le faisait exprès, et devait être maso.

 

 Le point d'orgue de ce running gag arrivera à une interview de Chirac, supposé soutenir le maire sortant Tiberi, qu'il déteste. Embarrassé, il le décrit comme un homme qui a deux bras, deux jambes, bref...Il évoque aussi Seguin qui débarque soudain: "Seguin est un homme qui est...un homme qui est tout nu, là, non?"


Décalage, je ris toujours  à ce moment-là (on ne voit rien grâce au comptoir, rassurez -vous!). Sans parler de la chute: Chirac met des coups de pied à Seguin ravi, et PDDA proteste. Il faut en laisser un peu pour les électeurs...

-Le pipeau




Seguin et Chirac toujours, mais bien avant. Je ne l'ai vu qu'une fois mais voilà ce dont je me rappelle: en pleine interview de Seguin, Chirac hurle, hors champ: "C'est pas vrai, c'est du pipeau!" "Il peut pas blairer C*uilles molles, c'est du pipeau!" et ira jusqu'à fredonner le mot pipeau sur l'air de l'ouverture de la cinquième symphonie de Beethoven (essayez pour voir). Bien sûr, Chirac est constamment rappelé à l'ordre, et  dit toujours "Je ne suis pas là!"  mais sera néanmoins très audible. Chirac se tapant l’incruste: une bonne source de gags.

-Le conseiller de Chirac



Encore un que je n'ai pas revu et dont aucune image ne traîne mais qui était sur le principe de Chirac qui intervient bien qu'il soit caché. L'interview était celle du conseiller de Chirac, que ce dernier semble écouter aveuglément si on se base sur l'une des première interviews de Bernadette Chirac.  Elle expliquait que le matin  son mari était indécis au point de ne pas savoir s'il devait d’abord s’habiller ou se doucher, et faisait pour finir  les deux en même temps (elle le voyait encore avec ses chaussures faisant floc-floc ensuite). Puis conseillé d’acheter une pizza aux câpres, il la commandait sans câpres parce qu'il n'aimait pas ça, et partait la manger sous la douche.

Ici toutefois, le conseiller était dans un carcan tant Chirac était mécontent de lui. Après l'une de ses réponses, le pauvre prend une claque de dessous le comptoir. "Mr. Chirac"? s'étonne PPDA. "Bonsoir d'Arvor!" C'est bien lui.  Il ne peut pas être là? "Je ne suis pas là!" assure Chirac en retournant sous le comptoir.

Tu parles: ça vire au dialogue entre le conseiller et Chirac accroupi, ponctué de claques. Dont l'une est décochée par un sac à main. "Bravo, maman!" PPDA interloqué regarde sous son comptoir, décidément peuplé. Comment se fait-il que Mitterrand, lui, était si bien entouré, s'étonne Chirac. C'est qu'il consultait Elizabeth Teissier, lui. Comme Chirac envisagera d'en faire autant, c'est sur sa tête, cette fois, que Bernadette donnera des coups de sac...

-"Pas cool, j'ai éclaté le boudin"

Bon: il s'agissait de montrer une émission grand public (dont le nom m'échappe totalement ) qui venait d'être réduite. A trois minutes, dans la parodie des Guignols. A bon rythme, on voyait Christophe Lambert être interviewé, mais qui devait, en même temps, appuyer sur un buzzer quand il répondait. Un invité chirurgien répond mal, et a un gage, faire une opération du cœur sur le plateau. Un orchestre breton traditionnel intervient ensuite, et débarque  assis sur le chariot roulant médical tout en tapageant. Lambert oublie qu'il a le cœur à greffer à la main et appuie avec sur le buzzer. "Zut, pas cool, j'ai éclaté le boudin!" conclut-il.  Franchement, si ça dit quelque chose  à quelqu'un, qu'il me le dise, je le reverrais bien.

-La fiction



Last but not least, en 1999 (pour les dix ans), un spécial d'une heure est réalisé (A l'époque où Chirac cohabitait avec la gauche). Le gouvernement de l'époque réalise qu'ils sont apparemment seuls au monde (avec les patrons de TF1) : les "vrais gens" ont disparu. Plus  personne n'est devant la télé, dans la rue, rien...Crise existentielle, surtout pour Chirac. A la fin, il fuit avec le bouton atomique sous le bras et menace de tout faire sauter...un discours ennuyeux de Bernadette arrivant, contre toute attente, à le faire renoncer. Elle le respecte malgré, savez-vous...la façon dont Chirac accède audit bouton valait son pesant de cacahuètes car il devait tirer un livre de sa bibliothèque et appuyer sur le nez d'un buste de de Gaulle pour ouvrir un passage  secret.  Un peu plus loin, rebelote, avec les mêmes items en version miniaturisée. Plus fort, Jospin sait comment faire et le gouvernement suit sans problème. Comment Jospin sait? "Il m'a montré, il a toujours peur d'oublier comment faire."  Sans parler de la fin: oui, je spoile, il y a prescription. Ni enlèvement par des aliens, ni virus, tous les gens sont encore là. Interrogé alors qu'il sort ses poubelles, le matin d'après, un monsieur raconte comment il a renoncé à aller travailler la veille, et est resté toute la journée chez lui sans regarder la télé ni répondre au téléphone, pour jouer avec sa famille. "Mais je ne pouvais pas savoir que tout le monde ferait pareil le même jour!" conclut-il.



Et maintenant...Qu'est ce qu'on fait? Je dois dire que cette impertinence me manque-surtout après une actualité pénible, depuis 2015 , comme les attentats, la présence du Front national au second tour une fois de plus,  et Trump...Il était montré de façon très insipide (pardi, après 2015), mais à la grande époque, on ne peut qu'imaginer ce qu'ils auraient fait de cette caricature sur pattes. Plus d’émission maltraitant l’actualité à proprement parler, même s'il reste Groland, mais je dois admettre qu'ils m'ont beaucoup moins fait rire.

30 ans, ça fait toute une génération élevée à cet humour grinçant. Je reconnais qu'un cheptel de marionnettes latex à entretenir, c'est cher, mais aujourd’hui les techniques d’animation sont très abordables.


 En fait, on peut presque envisager une version avec acteurs comme ce très irrévérencieux Les windsors. Non, ce n'est pas une série sérieuse à The Crown, mais bien une histoire où Kate Middleton a des origines gitanes (heu, d'où ça sort?) , où sa sœur est une psychopathe meurtrière, où Camilla Parker-Bowles se fighte avec Theresa May, et Trump victime d'impuissance, mais c'est une "fake new".



Et on peut s'exprimer ailleurs qu'à la télévision, grâce entre autres aux plateformes de vidéo en ligne. The Adam and Eve show et The Hillywood show, chaînes youtube américaines satiriques peuvent donner une idée de ce que je veux dire.





Il est des émissions dont on disait que plus personne ne voudrait en reparler. Et bien, 30 ans après, revoilà le Club Dorothée sur youtube, les séquences rediffusées, les interviews de présentateurs, toute une génération élevée aux animés, en sorte que la France en est devenu le deuxième consommateur mondial? Ne sous-estimez jamais l’impact d'une émission sur toute une génération.



D'ici à 30 ans, donc, attendez-vous à voir resurgir, d'une façon ou d'une autre, l'influence des Guignols. Un jour, un de leur sketch demandait ce qu'il serait advenu de la France, si Le Canard enchaîné n'avait pas existé. Similairement, à quoi aurait -ressemblé la France, sans eux?

Et quand bien même, avant de reprendre une activité normale, souvenez-vous, de toujours voir la vie du bon côté. Je terminerai, car c'est une meilleure séquence de fin, par cette parodie de La vie de Brian des Monty Python.




Always look on the bright side of life (2002) from Le Cinéma des Guignols on Vimeo.